Le grand rêve des floraisons, André Dhôtel

“Les fleurs ont une existence surnaturelle.”

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“Puisque vous affirmez l’inconscience des végétaux pourquoi ne pas constater qu’ils suivent un rêve que rien ne peut définir ni délimiter mais qui est plus sûr que votre vie consciente. C’est grâce à leur rêve que les plantes formulent des images avec leurs corps, leurs pétales et leurs graines.”

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“Pour l’heure, l’essentiel c’est ce passage insensé que nous révèlent les fleurs d’une vie à une autre vie. Au lieu de se limiter à des devoirs prescrits comme vous vous en faites scrupule au titre d’être conscients et férus de votre humanisme, les fleurs exercent leur imagerie pour passer au travail de leur sommeil pareil à la mort. Ainsi elles ressemblent à ce qui n’a rien de commun avec elles et vivent une paisible légende qui les sauve en leur révélant la vérité.”

Extraits de “Le grand rêve des floraisons“, dans “La Rhétorique fabuleuse” d’André Dhôtel.

Photographies Marie Alloy, D.R.

 


André Frénaud, une vision poétique entre peinture et nature

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“Parfois pourtant, échappée à l’abîme,

pour le déjouer ou pour le jouer

la beauté se trouvait là tout à coup

à la lisière des collines sur un chemin dans l’herbe,

la lumière comme jamais vue.

Pour nous rafraîchir , la lustrale lumière.

Pour nous faire supporter en attendant.

O merveille, ô rémission éteinte.”

 

                           André Frénaud,

poème extrait de L’Étape dans la clairière

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“Faire rayonner les rythmes du monde”. Toujours d’actualité ?

« S’il est vrai que la peinture ne trouve pas en elle-même sa propre fin, mais si demeurant fidèle aux moyens qui lui sont propres, elle est un des langages à la démesure de l’homme pour reconquérir le monde perdu, s’il ne s’agit pas seulement de nous aider à vivre ici, mais de témoigner qu’il y a un ailleurs, et même si l’on pense que cet ailleurs est de ce monde, qu’il est le monde même, cosmos et conscience (…), si l’on croit que la vie s’éclaire en des instants de dépassement et que de l’événement il est possible de rendre compte par l’art en quelque manière, on comprend que le peintre désire tenter, sans tellement de références à un sujet quelconque, de constituer des objets où il aurait capté et qui fasse rayonner pour lui et pour nous les rythmes du monde tels qu’il les a appréhendés… »

André Frénaud, Derrière le miroir, 1949 (à propos de Bazaine)

2016-03-19 16.23.38-1Photographies Marie Alloy , D.R.


Isabelle Lévesque lit Françoise Ascal

2016-03-05 20.56.10  Noir-racine, précédé de Le fil de l’oubli,

de Françoise Ascal – Monotypes de Marie Alloy – Éditions Al Manar, 2015 – 74 pages, 15€

On ne saura rien du sang répandu qui a noyé son âme, de la boue des tranchées pétrifiée dans son corps, ensevelissant l’aimé, puis le frère trop jeune, puis les rêves. F.A.

Sur « le bruit d’une faux », le livre s’ouvre. S’agit-il de couper l’herbe qui nourrira le bétail ou est-ce le grand Faucheur qui tranche les fils d’une lignée1 ? Cet ensemble affirme un paradoxe que la fin de la première page interroge, en juxtaposant l’aube et le crépuscule et le questionnement, manifeste (présent cinq fois en ces quelques lignes), réfute toute devise. Ici, rien n’est certain. L’observation puis l’écoute de ce que le mouvement de faucher a généré suscite une analyse dont la réponse reste en suspens. Le début est placé sous le signe d’une menace, d’un trouble généré par la perception double, visuelle et auditive, qui fait osciller les couleurs, vert (sombre puis pâle), jaune, avant que soit enfin capté le parfum. L’éveil, là, en ce tumulte du « bruit de la faux », identique au premier monotype de Marie Alloy qui le précède, rendu noir et blanc de mouvements contradictoires, verticalité balayée par un pinceau large qui la réduit alors que des taches sombres se concentrent sur la page. Fort à dire, pour ce qui concerne Françoise Ascal, de la vocation du peintre dans ses livres et du lien « organique », elle a plusieurs fois employé ce terme, entre la vision du peintre et la parole balbutiante qui s’efforce et cerne, qui constate et demeure.

Ce volume assemble deux recueils précédemment publiés pour un tout cohérent aux différentes facettes. Le fil de l’oubli fut publié par les éditions Calligrammes en 1998 et Noir-racine par Al Manar en 2009, sous forme de livre d’artiste avec Marie Alloy.

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Isabelle Lévesque

 

2016-03-05 20.57.08 détail monotype de Marie Alloy