Deux livres de correspondance, Vers la terre et L’Ombre emboîtée, par THOMAS DEMOULIN

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Deux livres de correspondance :

Marie Alloy  et Dominique Sampiero

Vers la terre (1995), L’Ombre emboîtée (1997)

 

Par | 3 juin 2018|Catégories : Dominique SampieroMarie AlloyRencontres

Deux livres de correspondance : Marie Alloy, Dominique Sampiero, Vers la terre(1995), L’Ombre emboîtée(1997), aux Editions Le Silence qui roule.

Chère Marie,

j’ai passé de longues heures à lire, à regarder Vers la terre, et L’Ombre emboîtéei. J’ai essayé de m’en imprégner. Je découvrais complètement Sampiero, dont seul le nom m’était connu. Je connaissais un peu plus ton travail.

 Manuscrits de Dominique Sampiero, droits réservés

Quoique très différents l’un de l’autre, ces deux livres m’ont tout de suite captivé ; la lumière naturelle m’y aidait d’ailleurs car la salle de lecture était offerte à un ciel chargé de mille nuances, de mille strates d’épaisseurs, nues et azur se disputant souvent la partie à toute vitesse. Un peu comme des sentiments, du reste. C’était un climat parfait pour me laisser prendre par la masse des papiers et la matérialité du livre (Vélin d’Arches pour L’Ombre, BFK de Rives pour Vers la terre). L’Ombrem’étonnait par l’association de ses deux corps de texte (Clearface 34 et 17), par son organisation « en couple » ; l’autre, monumental, narratif, par le poids des aquatintes et des textes colorés, tourbés, tangibles.

J’ai pris beaucoup de notes. Le mystère cependant persistait : plus je tournais les pages, plus me traversait une réalité versatile. Je n’arrivais pas à la pénétrer.

Je suis retourné plusieurs fois à la bibliothèque, j’ai évidemment lu l’article que t’a consacré Arts & Métiers du livre, puis ton article sur Dominique Sampiero, Le Sens profond de la terre, paru dans Nord’. Plus tard, je t’ai adressé l’espèce de questionnaire que voici : tu m’as fait l’amitié d’y répondre. Je te remercie vivement, chère Marie, pour cet échange. Aujourd’hui, nous le partageons avec tous les lecteurs de Recours au poème. Ainsi quelque chose circule.

 Gravures de Marie Alloy, droits réservés

Thomas Demoulin – Comment as-tu pressenti que Dominique Sampiero et toi partagiez certaines intuitions ? Pourquoi lui as-tu écrit ?

Marie Alloy – Je l’ai contacté après avoir lu avec émotion ses premiers ouvrages en prose poétique et comme je commençais depuis seulement quelques années (1993) à créer des livres d’artiste, et, sans rien programmer, j’ai pris contact avec lui via son éditeur (Cheyne à l époque, si je ne me trompe pas). J’avais déjà réalisé des livres avec d’autres poètes, comme Antoine Emaz, mais ici l’expérience avec D.S. fut différente, davantage basée sur l’échange vivant (poèmes / gravures) qu’avec Antoine Emaz pour qui laisser « totale carte blanche à l’artiste » est sa façon, non de se désengager mais de faire confiance et d’accepter l’imprévisible – le dialogue venant après, ou pendant, mais sans ingérence dans le mouvement singulier de l’artiste. En fait Dominique Sampiero à qui j’avais envoyé une recherche en cours, un petit agenouilléréalisé en aquatinte au sucre et tiré en encre noire, s’est senti interpellé par cette estampe. Il a commencé à écrire à partir d’un envoi de petits personnages, assez primitifs, terreux, repliés sur eux-mêmes, dans un rapport à la terre à la fois organique, minéral et relié à la prière, par le fait de s’incliner, avec humilité, (un peu comme dans la posture d’un paysan de Jean-François Millet par exemple). Au fil des échanges qui se sont étalés sur plusieurs mois, ce fut tantôt l’écriture qui donnait forme aux figures gravées, tantôt celles-ci qui suscitaient l’écriture. Il y eu un mouvement d’échange très dynamique, une motivation réciproque, une stimulation créative mutuelle.

TD – Apparemment, c’est toi qui, la première, a envoyé quelques chose (était-ce l’aquatinte en frontispice ?), puis Sampiero et toi vous avez correspondu, vous êtes vraiment entrés dans cette démarche d’échange dont parle Pierre Dhainaut à propos des livres d’artiste : c’est toujours risqué, ce premier pas vers l’autre, non ? Le dialogue peut ne pas prendre ?

MA – Non ce n’était pas l’aquatinte en frontispice le point de départ ; celle-ci est venue bien après, au contact des mots, surgie d’un monde inconscient à la croisée de l’anal et de l’animal, comme quelque chose qui naîtrait de l’humus même de la terre et du dialogue.

Livre d’échange bien sûr, mais c’est aussi à un niveau de profondeur qu’il n’y a pas lieu d’analyser. Nous nous sommes rencontrés plus tard, mais l’échange essentiel dans le travail de création s’est fait par courrier.

Il n’y a pas de risque à entrer en contact, chercher un dialogue ; poésie et peinture, ou gravure, ont toujours été étroitement liées. Le seul risque est que le travail dans le livre soit mal engagé, voire fabriqué, non authentique – dans ce cas, il faut refaire, recommencer (pour certains livres qui m’ont résisté, j’ai dû faire de nombreuses maquettes avant de trouver une justesse). J’ai toujours cherché un accord entre les figures gravées et le poème, ses rythmes, son monde, en refusant l’illustration comme l’abstraction. Privilégier l’émotion, la voie sensible, une sorte d’imperfection qui donne la vibration humaine, son toucher et sa voix

TD – Des corps agenouillés… Un rapport avec la sculpture ?

MA – Non je n’ai pas pensé à la sculpture mais seulement à la projection de mon propre corps sur le sol de l’atelier, puisque j’ai réalisé ses plaques en aquatinte au sucre, agenouillée moi-même par terre, pour les peindre, puis les faire mordre par l’acide. Mon atelier d’alors était une vieille étable…

TD – En 1995, pour Vers la terre, tu possèdes ta propre presse taille-douce depuis peu. Est-ce que ça a été une évidence pour toi de l’utiliser pour ce premier livre avec Dominique Sampiero ?

MA – Non, pas une évidence. Il n’y a d’évidence en rien. C’est un cheminement, un enchaînement des actes et des gestes – comme pour le roulement des cylindres de la presse. La plaque gravée est entraînée, roulée sur le papier, imprimée et l’empreinte en devient révélation. J’ai fait une cinquantaine de personnages pour ce livre, vingt-cinq seulement ont été retenus, pour leur force énigmatique, charnelle, presque primaire. Il y avait aussi en jeu pour ce livre un rapport à la sexualité et à la mort qui a secoué mon travail de graveur (une façon de labourer le corps de la plaque et du langage).

TD – Sampiero a un rapport vivant et nourri à l’image, quelle expérience avait-il alors du livre, du livre d’artiste ?

MA – Il a fait de nombreux livres d’artiste, bien avant ce livre avec moi, et bien aprèsv. Je ne connaissais pas cet aspect de son travail, je lisais seulement les poèmes dans des éditions courantes, à l’affût d’échos intérieurs. Plus tard, après ce livre, j’ai compris que ce qui m’avait touché dans cette écriture de D.S., c’était le nord de mes origines, le nord rural, une certaine pauvreté d’être et de nudité intérieure mais comme emportée dans un maelstrom de sensations confuses, un trop d’images, un flux inapaisable et contradictoire de beauté et de maux.

TD – Dans le même ordre d’idée, c’est un poète qui ne redoute pas d’embarquer dans une narration. Est-ce que toi tu as eu cette impression ?

MA – Non, la narration échappe au texte ici. C’est de la poésie, une voix qui s’étrangle à dire le corps dans l’amour et à rejeter l’enfouissement ultime ; ce qui en résulte est une haute lutte avec la terre et avec soi-même. Mes gravures accompagnent, elles ne décrivent pas. On peut lire sans les regarder, ou ensemble, prose et estampe, il se produit une autre alchimie, d’autres forces. En fait, il n’y a rien de raconté. Juste un dépôt de vie dans l’humus des figures agenouillées.

TD – Et la typo ? C’est intéressant, la couleur change au fil des pages : ton idée, une proposition de Sampiero ?

MA – Mon idée, une nécessité. J’imprimais en sérigraphie, donc pas de contrainte technique comme avec la typo. Je trouve que le fait d’apporter une autre couleur au texte, était comme une façon de lui donner une nourriture différente, ou un timbre qui en modifie légèrement la réception. Palette automnale annonçant la saison des pourritures à venir et qui bouge de chapitre en chapitre.

TD – A partir de cette connivence entre vous sur la question du « devenir de la terre, de nos racines »(je te cite), en quoi votre échange a-t-il éventuellement approfondi ou infléchi ta propre quête ?

MA – Je ne sais pas. La terre est notre racine commune. Toute ma peinture est liée à la terre et la gravure, principalement au végétal, aux éléments, surtout l’eau et la terre. Je me suis retrouvée dans les pages de Bachelard à ce propos. Mais je n’aime pas dire « je », cela concerne chacun. Tout cela s’approfondit sans doute au fil du temps presque naturellement. Je n’emploie plus le mot « quête ».

TD – Vers la terre : est-ce que tu dirais que, dans ce livre, une sorte d’impureté, d’austérité, de violence aussi, confine à la grâce d’une création perpétuellement continuée ?

MA – La persévérance et une éthique intérieure exigeante orientent le travail dans l’atelier sans le séparer du monde humain, social.  La grâce reste secrète, énigme. Ce n’est pas austérité, c’est peut-être ascèse, rudesse, mais aussi lumière. Elle émane de la terre et de la chair du poème.

TD – Comment s’est passé l’enchaînement de ce premier livre au projet de L’Ombre emboîtée ? Quelles ont été les modalités de votre échange pour ce deuxième livre ?

MA – Le poème fut premier sur les lithographies. J’apprenais à cette époque la lithographie à l’atelier de Jörge de Sousa à Paris et j’ai eu le désir de l’associer dans un livre assez grand. Il n’y a pas de lien direct entre ces deux livres, sinon un besoin de fidélité à un auteur pour approfondir les circulations entre nos deux modes d’expression.

TD – Là, tu utilises quatre lithographies sur un papier que tu viens « contrecoller » (c’est ça ?) sur ta feuille en Vélin d’Arches. Qu’est-ce qui t’a inspiré cette idée ?

MA – Oui la litho est plus fine dans ses détails lorsqu’elle est tirée sur un papier japon ou chine, et cela lui donne une teinte crémeuse qui se différencie de l’Arches blanc naturel. Les graveurs utilisent fréquemment ce procédé qui valorise l’impression en lui donnant un épiderme.

TD – Pour la typo, il y a 2 corps de texte (il y a 2 poèmes). Tu t’en es chargée ? C’est difficile à composer, un tel alignement ? Tu peux raconter ?

MA – Oui j’ai imaginé et construit seule cette mise en page du texte initial qui en favorisait ainsi une double lecture, voire de multiples lectures ; j’ai trouvé cette idée dynamisante pour le texte qui devenait de cette façon poème et une sorte de chant.

TD – Je trouve que le sens de lecture est questionné par ce procédé, que l’on peut « tisser » les deux textes de différentes manières : j’ai raté quelque chose ou bien c’est cette réouverture que vous vouliez ?

MA – C’est bien sûr ce que j’ai volontairement recherché.

TD – J’espère rencontrer Sampiero parce que ce livre semble avoir des échos très forts avec une espèce d’image originelle à la source de sa création poétique. « Grand-mère est assise à la fenêtre et regarde. Elle m’offre une première leçon d’amour. De silence, de contemplation. Mon premier poème ».Il t’a parlé de cela ? Et tes silhouettes, encadrées, ont-elles un rapport avec la quête impossible de cette image-souvenir ?

MA – Chacun porte en soi de tels souvenirs, que nous soyons, comme avec Dominique S. d’une même génération, ou d’une autre. Le rapport affectif à la mère ou aux grands parents sont l’une des sources de nos émotions, pensées, écritures (en mots ou gravées). J’ai évoqué cela dans un livre paru aux éditions Invénit où, à partir d’un tableau de Corot, j’ai retrouvé « Un chemin d’enfance »  en contemplant deux silhouettes de paysans faisant corps et âme avec le paysage.

Je ne vois pas les silhouettes de « Vers la terre » comme encadrées mais ouvertes.  Le souvenir n’est pas fixé mais mouvant, il circule d’un plan à l’autre de la mémoire, effaçant ou renforçant certains détails. Garder au plus secret de soi ce qui sourd d’essentiel.

TD – Si tu as des histoires ou des anecdotes à propos de ces livres, de leur réception… Je prends !

MA – Non, pardon ; le livre suffit. Il ouvre, dit et montre. A chacun d’en faire son miel ou son histoire. Certains en aiment la densité obscure comme on aime s’enfoncer dans une forêt, d’autres rejettent certaines pages, se sentant dérangés ou offensés par la crudité allusive des images et des phrases. Cela ne nous appartient pas.

Thomas Demoulin

Thomas Demoulin, né en 1980 près de Paris, vit et travaille à Lille depuis 2007. L’écriture de poèmes est inséparable d’amitiés passionnées et d’échanges avec des personnalités intellectuelles et artistiques aux trajectoires diverses. L’autre : l’écriture n’en serait que la perpétuation…


le Silence qui roule, UN ESPACE DE RÉSONANCE, par PIERRE LECOEUR

Guillevic, Du Silence

Un article mis en ligne par Ciclic centre val de Loire

Pierre Lecœur nous offre ici une analyse sensible du travail de Marie Alloy, évoque l’évolution de son parcours, sa relation privilégiée à la nature et à la poésie. Il revient tout particulièrement sur le compagnonnage de cette éditrice-artiste-poète avec les auteurs de poésie, et comment elle entre en “fusion” avec les mots qui la touchent.  

Né en 1972, Pierre Lecoeur vit et enseigne à Orléans. Il est l’auteur d’un essai, Henri Thomas, une poétique de la présence (Garnier, 2014) et d’un recueil de proses, Prose des lieux (Anthologie Triages vol. I, Tarabuste, 2015). Il a publié de la poésie et des études consacrées à la littérature et à l’art dans diverses publications (La N. R. F.ConférenceEuropeNuncLa Revue littéraire, Les Cahiers de L’Herne…).


Le Silence qui roule : 
un espace de résonance

“Depuis 1993, dans le cadre de sa maison d’édition Le Silence qui roule, Marie Alloy a publié une quarantaine de livres d’artiste dans les pages desquels elle a offert un espace de résonance aux mots de poètes tels que Guillevic, Antoine Emaz, Pierre Dhainaut, Dominique Sampiero, Emmanuel Laugier… En chacun de ces ouvrages réalisés à faible tirage, et parfois uniques, quand ils sont réhaussés par l’artiste, les techniques d’impression comme l’eau forte ou l’aquatinte employées par leur créateur et maître d’œuvre, le travail de typographie réalisé par des artisans prestigieux et le choix de papiers rares s’associent pour accompagner la fulguration du poème. Contrairement à l’illustration, le livre d’artiste a pour ambition, sinon de faire fusionner les mondes intérieurs du poète et de l’artiste, le lisible et le visible, du moins de les associer dans une même dynamique. Singulier livre que celui qui naît de ces rapports. Ainsi bouscule-t-il, par la variété de ses formats et ses agencements, jusqu’à la notion fondamentale de page. Devrions-nous parler à son propos de mise en espace ? Il ne faudrait pas alors oublier la troisième dimension de ces ouvrages : le toucher du papier, la matière des rehauts, le foulage de la matrice et des caractères mobiles sur la feuille, le travail – gaufrage, pliage – auquel cette dernière est soumise…

Les poèmes et proses poétiques qu’elle retient privilégient le sensible

Il y a, on le voit, un monde entre l’édition de livres d’artiste et le sens qu’on donne ordinairement à ce mot… L’accueil du texte, loin d’être une finalité, est le point de départ d’un long compagnonnage, doublé d’un dialogue avec le poète, durant lequel va s’élaborer la forme par laquelle l’artiste va répondre aux mots qui l’ont touché. Une épreuve intime, si l’on en croit Sampiero : « Deux personnes – elles ne se connaissent qu’à travers des mots, des images, des textes – s’envoient des lettres, des gravures. Mais parfois c’est une feuille morte, un brin d’herbe, une larme sur l’encre. Et il en vient une sorte de vertige. De désir. »

Dans le cadre de son travail d’éditeur, comme dans celui de la peinture et de la gravure, Marie Alloy rejette le formalisme autant qu’une démarche mimétique qui ne mettrait pas à l’épreuve le medium – en l’occurrence le corps de la langue. Les poèmes et proses poétiques qu’elle retient privilégient le sensible, tout en ouvrant l’éventail du sens au gré d’effets de porosité qui réorganisent les rapports du monde et des signes. Démarche réfléchie parfois dans les vers du poème, où elle peut s’associer à une référence au langage-monde développé par l’artiste : « L’écriture indistincte / Sur le geste dispersé / La ligne entre les deux traits / Qui saisit / Le lit de cette terre (Tita Reut).

Le parcours réalisé durant trente ans par Marie Alloy dans le compagnonnage des poètes est riche et complexe. On peut toutefois y percevoir une double évolution. Dans le domaine du choix éditorial, le drame humain et un certain pathétique, présents notamment dans les textes d’Antoine Emaz (Poème serré et Poème, temps d’arrêt, 1993) et d’Emmanuel Laugier (Hante ton aisselle au bout de quoi, 1996) le cèdent peu à peu à la présence du monde et à une tonalité plus contemplative (Jacques Lèbre, Pierre Dhainaut). Guillevic, qui se situe au carrefour de ces deux tendances, est peut-être le poète qui répond de la manière la plus complète à la sensibilité de l’artiste et au spectre de son travail. Sur le plan de la création, la même évolution s’observe : la figure humaine se fait plus rare, l’enregistrement sismographique du jeu des passions et des affects laisse place à un regard plus apaisé, plus détaché, sur les choses. Cette dernière disposition a conduit Marie Alloy à préférer à la figure humaine le jeu des éléments, ou de fragments de nature qui semblent naître sur la feuille à fleur d’abstraction. On pourrait sans doute rattacher à cette tendance l’apparition de la couleur dans ses livres d’artiste. Après une première apparition dans Reverb’ (2000) d’Emmanuel Laugier, celle-ci s’affirme dans les aquarelles qui répondent, avec leurs irisations, leurs contrastes hardis et leurs belles teintes froides, au monde aquatique tel que le perçoit Guillevic dans Devant l’étang(2005). Quel contraste entre la nuit matérielle sublimée par les noirs charbonneux déployés dans les premiers ouvrages, et la liberté, la sobre sensualité de ces images, ou des lavis qui accompagnent le poème Vif, limpide, imprévisible (Pierre Dhainaut, 2006) – dont le titre semble programmatique – et rythment la progression de Gravier du songe (Jean-Pierre Vidal, 2011) …

 Le poème y gagne une nouvelle dimension

Parce qu’elle est à la fois éditrice, artiste et poète, parce qu’aussi elle conçoit son travail d’éditeur comme un exercice de patience, exigeant un long temps de maturation, Marie Alloy sait donner naissance dans chacun de ses livres d’artiste à un espace-temps singulier, où s’exaltent les aspects et tonalités de notre existence, qu’elle projette dans le concret de la matière, dans les formes et textures offertes par la nature, et jusque dans la physionomie d’une page, le caractère d’une typographie. Le poème y gagne une nouvelle dimension. Son auteur y apprend « quelque chose comme ressentir plus fortement la manière dont l’espace autour pèse sur le mot et lui fait rendre un son différent » (Antoine Emaz). On ne peut trouver plus belle formule, pour qualifier ces ouvrages, que celle par laquelle Michel Collot approche l’œuvre littéraire, qu’il définit comme le paysage d’une expérience. Chacun d’eux, au gré des multiples talents assemblés dans sa conception, est un miroir tendu à ce que nous sommes au plus intime, et qui ne vit que par le partage.”

Pierre Lecœur – Juin 2018


Parution du CATALOGUE COMPLET des éditions Le Silence qui roule

Vient de paraître, ce 15 mai 2018,                                                                                                       le catalogue complet des éditions Le Silence qui roule                                                   à l’occasion de l’exposition organisée par la Médiathèque d’Orléans

LE SILENCE QUI ROULE , VINGT-CINQ ANS DE LIVRES D’ARTISTE : 1993 – 2018

  

En couverture, le livre d’artiste « Gravier du songe » sur un poème de Jean Pierre Vidal      Conception graphique : David Héraud                                                                                  Catalogue tiré à 150 exemplaires en numérique                                                                    Format : 21 x 21 cm    96 pages    115 photographies de livres, peintures et estampes              Achevé d’imprimer début mai 2018                                                                                                      Photographies Marie Alloy © ADAGP –                                                                                      Éditions Le Silence qui roule – www.lesilencequiroule.com                                                    SIRET :431 295 914 00037                                                                                                            Dépôt légal mai-juin 2018

ISBN : 9782956331414                                                                                                                Prix public : 25 €

BON DE COMMANDE (cliquer sur le lien)


Catalogue édité par Marie Alloy à l’occasion de l’exposition                                                          des VINGT-CINQ ANS DES ÉDITIONS LE SILENCE QUI ROULE                                          avec le concours de La Médiathèque d’Orléans et de Ciclic Centre-Val de Loire.    Médiathèque d’Orléans : 2 mai – 23 juin 2018   


TABLE

 La main à l’ouvrage, Marie Alloy                                                                                   L’espace ouvert de la poésie, Pierre Dhainaut                                                                     La trace, l’énigme, la lisière, Pierre Lecœur                                                                         Le Silence qui roule, Marie Alloy                                                                                         Catalogue du silence qui roule                                                                                         Créations pour d’autres éditeurs                                                                                         Créations pour des revues de littérature et poésie                                                       Écrits de Marie Alloy                                                                                                             Revues, articles, recensions                                                                                                     Un parcours, entretien avec Cécile Guivarch (terre à ciel)                                             Rencontre devant l’étang, Lucie Albertini-Guillevic                                                           Cette lumière qui peint le monde, Pierre Lecœur                                                                 À l’épreuve, avec les outils du graveur, Marie Alloy                                                             L’art du relieur et la reliure de création                                                                 Biographie et principales expositions                                                                             Auteurs invités                                                                                                                             Table                                                                                                                               Remerciements


Marie Alloy remercie tout particulièrement :                                                                        Christine Perrichon, directrice des Médiathèques d’Orléans                                              Michelle Devinant, responsable culturelle et organisatrice de l’exposition                          Max Paurin, gestion et organisation technique de l’exposition

Marie Alloy remercie aussi les auteurs ayant contribué à la rédaction de ce catalogue Pierre Dhainaut, Pierre Lecœur, Cécile Guivarch, Lucie Albertini-Guillevic     ainsi que les poètes invités Isabelle Lévesque, Erwann  Rougé, Jean Pierre Vidal

Remerciements aux relieurs qui ont confié leurs créations originales.

Remerciements à CICLIC qui soutient activement, depuis de nombreuses années, l’édition de livres d’artiste et de bibliophilie en Région Centre-Val-de-Loire.


LECTURE -RENCONTRE avec MARIE ALLOY le 26 mai Médiathèque Orléans

Marie Alloy présente ses éditions Le Silence qui roule dans le cadre de l’exposition

                                    VINGT-CINQ ANS DE LIVRES D’ARTISTE                              1993 – 2018

le samedi 26 mai à 16h

à l’espace d’exposition de la médiathèque

à cette occasion, vous pourrez découvrir :

des livres d’artiste, en tourner les pages, ressentir les liens entre gravures et poèmes    quelques ouvrages extraits des collections patrimoniales de la médiathèque d’Orléans                   un catalogue de l’ensemble des créations autour du livre (autres éditeurs)                                                                                                                                                                                 Marie Alloy lira également des pages de ses propres livres parus en 2017 :                             des notes d’atelier et écrits sur l’art, en particulier : Cette lumière qui peint le monde (éditions L’Herbe qui tremble) et L’empreinte du visible (éditions Al Manar).

Un verre de l’amitié fêtera cet événement, venez nombreux, merci !

  

                              

                         

     2018 05 13 annonce lecture du 26 mai 2018

 


ÉVÉNEMENTS : exposition rétrospective, édition d’un catalogue, lectures-rencontres

   

LE SILENCE QUI ROULE
VINGT CINQ ANS DE LIVRES D’ARTISTE
ET DE CRÉATIONS
POUR D’AUTRES ÉDITEURS
Marie Alloy
Médiathèque d’Orléans
2 mai – 23 juin 2018

Une exposition de l’ensemble des livres d’artiste créés depuis 1993 par Marie Alloy sous l’enseigne des éditions Le Silence qui roule. Les pages imprimées avec les estampes de Marie Alloy sont exposées en regard des poèmes d’auteurs comme Pierre Dhainaut, Antoine Emaz, Françoise Hàn, Erwann Rougé, Jean Pierre Vidal…etc.

Cette exposition est enrichie par la présentation de nombreux livres réalisés chez d’autres éditeurs pour lesquels Marie Alloy a créé bon nombre d’ illustrations peintes et gravées, ornant les couvertures, les tirages de têtes, frontispices et pages intérieures.

Sur les cimaises, des gravures, poèmes et manuscrits

Un catalogue de l’exposition qui fête les 25 ans des éditions Le Silence qui roule sera exposé (et proposé à la vente, mais en dehors du cadre de la médiathèque, en s’adressant directement à : marie.alloy@orange.fr).

Samedi 26 mai à 16h :

Marie Alloy présentera directement au public ses livres d’artiste et expliquera les étapes de leur réalisation, de la réception du manuscrit inédit jusqu’à la diffusion du livre abouti. Puis elle lira quelques extraits de ses derniers livres parus en 2017 : L’Empreinte du visible et Cette lumière qui peint le monde.

Les auteurs invités le 2 juin à 15h 30 :

Isabelle Lévesque est née et vit aux Andelys, en Normandie. Poète, elle aime collaborer avec les peintres. Elle écrit également des articles de critique littéraire sur la poésie contemporaine, en particulier pour La Nouvelle Quinzaine Littéraire. Ses derniers
ouvrages parus : Nous le temps l’oubli, peintures de Christian Gardair (L’herbe qui tremble, 2015) ; Voltige ! , peintures de Colette Deblé, (L’herbe qui tremble, 2017) ; Source et l’orge (Le Petit Flou, 2017) ; Ni loin ni plus jamais, peinture de Marie Alloy (Le Silence qui roule, 2018) ; La grande année, avec Pierre Dhainaut (L’herbe qui tremble, 2018).

Erwann Rougé est né en 1954 à Rennes. « Sa poésie est traversée par les paysages de Bretagne et la dispersion de la parole dans l’espace. Son écriture suspendue à une tension de lumière et de chute travaille la porosité des corps et du monde dans une tentative de saisir les brefs passages qui nous mènent, entre intimité et traversées, les uns vers les autres », François Heusbourg. Dernières parutions : Le perdant, éditions Unes, 2017. L’enclos du vent, éditions Isabelle Sauvage, 2017. Haut Fail, éditions Unes, 2014. Derniers livres d’artistes : Même seuil avec les encres de Jacqueline Ricard , éditions la cour pavée. pleine terre avec Dom et Jean Paul Ruiz. L’Ombrée avec des aquarelles et gravures de Marie Alloy, éditions Le silence qui roule.

Jean Pierre Vidal, né en 1952 à Alger, a vécu son adolescence à Charleville, où il a lié poésie et philosophie au sens même de sa vie, sans jamais prétendre de l’une ou de l’autre faire un état, écrire étant un mouvement de vie non séparable de l’insurrection nécessaire contre les conditions de vie des hommes. Après des études de lettres à Lyon, il enseigne dans la région stéphanoise et à Lyon ; il vit aujourd’hui près d’Orléans. Il a longtemps travaillé à l’édition des œuvres critiques de Philippe Jaccottet. Il a publié des notes, proses et poèmes dans Feu d’épines et La Fin de l’attente, aux éditions Le temps qu’il fait, un album de poèmes en vers ou en prose, Vie sans origine, aux éditions Les pas perdus. Après avoir publié dans de nombreuses revues françaises ou suisses, il publie des livres d’artiste accompagnés d’estampes de Marie Alloy aux éditions Le Silence qui roule : Du corps à la ligne : comme un chemin de morsures ; Thanks ; Gravier du songe ; Le Jardin aux trois secrets ; Aller sans retour. À paraître : Par vouloirs légers suivi de Thanks, aux éditions Arfuyen.

Catalogue des éditions Le Silence qui roule et de l’exposition réalisé avec le soutien de la Médiathèque d’Orléans et de Ciclic Centre -Val de Loire.


Création de collections d’EDITION COURANTE au Silence qui roule.

Création des éditions de livres d’artiste et de bibliophilie en 1993, et celle des éditions courantes du Silence qui roule, en ce printemps 2018.

*

Du livre d’artiste à l’édition courante, la poursuite d’une même orientation : servir la poésie.

Le livre au Silence qui roule : le beau métier, un ouvrage humain longuement caressé

« Braque a entrevu, peut-être le premier entre les modernes, la poésie qui se dégage du beau métier, d’une œuvre faite avec amour et patience, sans qu’intervienne une sensibilité préconçue. Il a compris qu’un ouvrage humain longuement caressé, finit par porter la trace des soins qui ont entouré sa naissance et par dégager je ne sais quelle humanité émouvante. »

Bissière, extrait de Georges Braque, in cahiers d’Art, N° 1-2, Paris 1933.

Ce texte parle de peinture mais tout autant du livre tel que j’en conçois l’esprit et la matière, son humanité, sa force secrète et sa stabilité dans le temps. Il y a une beauté et une gravité du livre qui ne tente pas de multiplier et expérimenter les possibles mais bien au contraire de connaître mieux ses limites pour approfondir et servir la ferveur essentielle du poème.

Les mots prennent corps dans l’unité du livre, dans l’élément tangible de l’espace qui les reçoit. C’est le poème qui est le centre vital du livre autour duquel l’espace se construit, renforcé par l’apport unique des estampes et peintures, afin qu’il puisse se déployer avec justesse, se rendre véritablement visible, sensible, porteur d’émotions.

Pour cela il faut du temps et œuvrer patiemment avec beaucoup de bienveillance à la naissance de chaque livre. L’édition courante se donne cet objectif de poursuivre en ce sens l’orientation et les choix de qualité des éditions de livres d’artiste du Silence qui roule.

LE PROJET :

Même démarche que pour le livre d’artiste :  l’idée première est que chaque poème ou chaque texte en prose, appelle un lieu, une forme spécifique du livre, qui en déploiera toutes les potentialités.

Donc ne pas couler les manuscrits inédits dans une forme préétablie. Ne pas refuser non plus à priori l’idée de collection calibrée. Se donner la liberté de créer des livres singuliers où pourraient se rencontrer textes et images dans des formats adaptés au caractère unique de chaque projet (avec toujours la dimension de plaisir du livre !).

Impression numérique et de temps à autre typographique, ou même offset. Un choix de papiers à l’écoute de la texture du poème ou de la prose, qui puisse apporter sa touche singulière et sa justesse.

Une peinture, gravure ou photographie de Marie Alloy, en couverture comme signe repère des éditions Le Silence qui roule. Un logo signature :

Découvrir, redécouvrir : de nouveaux auteurs et des auteurs oubliés.

Diversifier, consolider : des voix différentes mais aussi une fidélité.

Des livres singuliers : servir la voix de chaque auteur en adaptant la forme du livre à l’esprit qui l’anime. Ne pas banaliser, mais personnaliser.

Editer toujours en dialogue avec l’auteur ; qu’il soit aussi acteur, au moins pour une part, de la conception du livre.

COLLECTIONS ENVISAGÉES 

(l’idée de collection n’implique pas un format et une conception à l’identique)

  • Poésie du Silence (poésie contemporaine)*
  • Cahiers du Silence (journaux, cahiers, notes inédites)
  • Carnets du silence (notes d’atelier d’artistes, peintres, graveurs, photographes…)
  • Feuillets du silence (poèmes et écrits, en quelques pages…)

AUTEURS 2018

Isabelle Lévesque : “Ni loin ni plus jamais” – Collection Poésie du silence – Parution mai 2018

Jean Pierre Vidal : “Exercice de l’adieu”  – Collection Cahiers du Silence – Parution automne 2018

L’esprit des livres au Silence qui roule

Un livre porté par un souci de clarté, de sobriété, d’harmonie dans l’économie de ses moyens. Un livre, allié du temps, de la durée, qui ouvrirait un espace de lecture lente, sans cesse renouvelée. Un livre aéré où chaque mot puisse résonner librement. Un livre imprévisible, toujours à découvrir. Un livre compagnon, sensible, modeste. Un livre de silence, de présence humaine, d’intériorité reliée au monde, de refuge et d’extension, de résistance et d’altérité, de beauté fervente et contemplative. Un livre qui ne prétend pas au savoir mais offre un tremblement de vie, ouvre en chacun des correspondances, des appuis, des rebonds pour la pensée…

Peu de livres édités par an, pas de précipitation pour imprimer. La qualité et la simplicité avant tout. Un livre authentique, qui ne relève pas du domaine de la consommation.

“Ligne éditoriale” de la collection Poésie du Silence :
L’altérité

Une “poétique de la relation”*

Une création poétique en dialogue avec l’oeuvre d’un autre poète (vivant ou non, étranger ou non – dans ce cas une traduction pourrait être envisagée). De l’un à l’autre, un échange essentiel, une circulation féconde, un espace intime où se retrouver soi-même, au contact d’une voix différente. Une manière d’écrire avec, de partager et questionner de manière sensible les liens vivants qui circulent entre les mots et l’expérience humaine.

Une poésie de la rencontre, de l’ouverture à l’autre, au monde  – en souplesse et liberté.

*Lecture conseillée : chapitre “Renouer la relation”, p 439, Michel Collot, Paysage et poésie, éditions José Corti, les Essais, 2005.

Autres supports d’édition

Cartes postales : annonçant chaque parution de livre avec, au recto, la reproduction de sa couverture et au verso un extrait du livre.

Portefolios : Ensemble de 5 à 10 estampes originales de Marie Alloy ou d’estampes numériques, ou de photogravures, accompagnés d’un court texte ou poème.

Estampoèmes : poèmes imprimés ou manuscrits dans des estampes originales ou numériques. Tirage limité à 30 exemplaires numérotés et signés par l’auteur et l’artiste.

Marie Alloy, responsable des éditions Le Silence qui roule

 


EXPOSITION : Vingt cinq ans des éditions Le Silence qui roule

du 2 mai au 23 juin 2018

Vingt cinq ans des éditions Le Silence qui roule

Exposition de l’ensemble des livres créés et édités par Marie Alloy, ainsi que les livres d’autres éditeurs auxquels elle a collaboré en tant qu’artiste peintre, graveur et auteur.

EXPOSITION DE LIVRES D’ARTISTE
Médiathèque d’Orléans 
Rencontre avec Marie Alloy: samedi 26 mai, 16h
Lecture de poèmes : samedi 2 juin, 15h30
avec Marie Alloy, Isabelle Lévesque, Erwann Rougé, Jean Pierre Vidal

Médiathèque, 1 place Gambetta, Orléans

A cette occasion, édition d’un catalogue des Editions Le Silence qui roule .

Sur les cimaises de la médiathèque, exposition à lire et contempler : des extraits de poèmes en dialogue avec les estampes originales et peintures sur papier de Marie Alloy.


Variations végétales

Voici une exposition Galerie Anaphora qui va durer jusqu’au 17 février 2018, où je présente des gravures parmi celles d’autres graveurs comme Livio Ceschin, Paola Didong, Hélène Nué, François Houtin, Claire Illouz. Sont également présentés quelques uns de mes livres d’artistes (parmi ceux d’autres de graveurs présents plus un beau livre d’Hélène Baumel) où l’élément végétal dialogue avec les poèmes de Luc Dietrich, Françoise Hàn, Jean Pierre Vidal, Antoine Emaz. On peut également, sur demande, contempler sur place des estampes placées dans des cartons à dessin.

Adresse et coordonnées : 13 rue Maître Albert, 75005 Paris

Quelques unes de mes gravures :

      

        

 

 

Poème inspiré par l’exposition:

 

Obscures gravures

précieuses et si précises

qui sombrent en sommeil gris

là où la lumière par multiples fissures

s’immisce entre les feuillages

au fil d’un songe aux ronces agrippé

 

Tapi entre les frondaisons noires et l’herbier de poussières

le regard suit les stries étranges de champignons d’acier

puis les alvéoles d’une sorte de cerveau

où lèvres et langues rongent des formes de racines

 

Quelques chardons aux pointes adoucies

montrent le chemin parmi voiles et bouquets séchés

Partout les épines sont mentales et l’herbe vit

dans les vestiges de l’enfance envahis de buissons

Le ciel est tout petit chargé de grêlons gris

 

Le grouillement des chairs et des feuillus

hante les yeux dans la grisaille

Les mots n’ont pas beaucoup de place

Comme les rejets d’un acacia sortant de terre

gravent l’espace de leur épitaphe végétale

d’infimes griffes saignent dans l’ombre de l’encre

 

Rien ici ne peut se démêler

On cherche un chemin dans la lumière du papier

Nous sommes aux premiers temps du monde

La mélancolie commence à planter ses racines

Tout pousse repousse et s’affaire à pousser

à enrouler ses tiges autour des graminées

à jeter ses graines

aux quatre points cardinaux des feuilles gravées

 

C’est une avalanche qui sourd sous les branches

un éboulis de bonnes et mauvaises herbes

À l’origine nous sommes revenus

peut-être déjà expulsés du monde

Cueillir un seul brin d’herbe serait une offense

Contempler est tout ce que nous pouvons faire

en gravant le monde premier 

et dernier peut-être

le végétal demeure notre raison d’être

 

 Marie Alloy, 10 01 2018

 


La Galerie Anaphora, un bel écrin pour l’estampe !

Un très beau lieu destiné aux graveurs et amateurs d’estampes.
13 rue Maître Albert, 75005 Paris

à retrouver sur Facebook ou par mail : galerie.anaphora@gmail.com

Jean-Pierre Coroller et Anne Brasse
Contact J-P Coroller  : 06 03 21 31 35

 

Exposition actuelle:

 “Petits formats pour de grands vœux”

 

 


Rencontrer Guillevic

 

Rencontre devant l’étang

“C’est au cœur de deux espaces, on ne peut plus personnels, que se fit la rencontre Alloy – Guillevic : ceux de leurs tête-à-tête singuliers avec la page blanche où s’écrire, où s’inscrire pour découvrir, se découvrir et pour ensuite « réussir » à donner, nous donner – parce que l’ouverture a été gagnée – s’offrir et nous offrir deux œuvres communes L’Éros souverain et  Devant l’étang.

Cet étang qui fascina Guillevic, le hanta sa vie durant, est pour Marie une présence quasi permanente puisque son atelier ouvre sur une petite étendue de ces eaux épaisses, pas forcément bienveillantes.

Marie Alloy est venue pour la première fois, rue Claude Bernard, en un temps où Guillevic, déjà fatigué, me demandait d’être présente lors des visites qu’il recevait. Cette demande, il m’était alors difficile de la refuser, mais elle me mettait souvent dans une situation délicate car je sentais qu’il me fallait être là comme si je n’y étais pas. Je me souviens à quel point très vite le courant s’établit, circula entre nous trois. Le charme de la gravité silencieuse de Marie opérant ainsi que le naturel de chacun. On eut tôt fait de se connaître et de se reconnaître de la même famille, dans une amitié et une connivence hors du temps.

Le travail de Marie pour L’Éros (en 1996) – le premier poème qu’Eugène avait eu la chance de lui confier – fut une joie pour lui. Il en aima la vibration toute d’exigence, de raffinement et de sensualité d’un art servi par un rigoureux métier.

Et tout naturellement Guillevic pensa à dédier à Marie Devant l’étang, l’obsédant poème qui avait jailli en 1992, le contrariant presque de devoir constater qu’ «après avoir tant écrit» sur eux et «sans savoir pourquoi», ils revenaient encore ces étangs qui s’imposaient à lui jusqu’à le contraindre. Il offrit alors ce poème à Marie comme pour qu’elle l’aide à s’en délivrer.

Le destin décida que Guillevic ne puisse pas découvrir le nouvel et essentiel échange entre lui et Marie, qu’est ce livre. Aujourd’hui, je crois sentir à quel point ce poème, tout comme l’Éros souverain, furent importants et comment ils se rejoignent dans leur absolue divergence.

Je crois comprendre pourquoi «cette eau stagnante», avec ce regard qui nous tord et nous étreint, cette eau «dormante» qui, en plein soleil «ne quitte jamais / Sa teinte d’eau nocturne» //, qui ne se préoccupe que de ce qui «se travaille / Vers le fond», cette eau livrée à ses sempiternelles complaisantes paranoïa et masturbation, cette eau fermée pour fermenter sur elle-même et se cacher – cet état existant de la stase d’une eau qui jamais ne sera «étant» dans son devenir d’ «être»* liquide, eau vive faite pour l’échange, la circulation, la fécondation, obséda Guillevic dans son combat pour la verticale, l’ouvert, la communication, la communion. Et dans cette bagarre lui et Alloy se rencontrèrent, alliés, passionnément.

Oui, «Ce soir encore l’étang / Ne s’est pas mis debout»**/. Et jamais il ne se lèvera, le «libidineux», jamais il ne se relèvera pour le combat de ces travailleurs de la pointe qui creusent et caressent alternativement, le poète ses mots, son vers, l’artiste son incise, sa taille, sa toile, – «traits qui viennent de très profond et d’il y a longtemps»*** – et qui les poussent toujours plus avant et plus loin, dans le corps à corps avec l’élémentaire de la vivante matière ! Et c’est alors que vit pour nous, devant nous, ce singulier accord de vibrations, si justes, si fines, si élevées du mot et de la couleur.

Pour le salut, Marie ! Pour un vivant repos, Eugène.”

Lucie Albertini-Guillevic.

Belley, 29 septembre 2000 – Paris, 2 août 2005

* Art poétique. 1989, ** Terraqué, *** Alloy, notes d’atelier, avril 1999

*

J’ai réalisé deux livres d’artiste avec Eugène Guillevic, “L’Éros souverain” en 1995, puis  “Devant l’étang”, de 2000 à 2005 – livre qui a suscité de nombreuses recherches gravées et peintes exposées à Carnac en 2007 dans le cadre de l’exposition “Guillevic et les peintres”.

“L’Éros souverain”

Ci-dessous quelques détails du poème et des estampes, (aquatintes originales).

           

“Devant l’étang”

livre d’artiste réalisé avec des aquarelles originales

  

    

*

Entre deux eaux

De  l’Éros souverain  à  Devant l’étang

Peintre et graveur, éditeur de livres d’artistes[1], je pris contact avec Guillevic en 1994, et il me proposa d’accompagner le poème L’Éros souverain. J’ai aimé immédiatement l’ampleur de ce chant d’amour et sa force et, peu à peu, je fus gagnée par son souffle. Je choisis un format horizontal, une typographie pleine page dans l’estampe, avec la technique de l’aquatinte qui me permettait de concilier la fluidité du geste, de la vague amoureuse, avec la morsure de l’acide, eau « forte » comme l’océan. Le rythme de l’ensemble me suggéra des verts profonds, certains lactescents.

 « Si tu pouvais nous dire

Au moins sur le passage

Du gris glauque au bleu vert » [2]

Son poème m’avait guidé vers les nuances d’une teinte qui était véritablement la sienne (le vert de sa bague), et celle de l’océan, sans qu’il y soit directement question dans l’Eros souverain. La réciproque fut aussi étonnante puisqu’il m’offrit ce jour de notre première rencontre un petit volume de poésie: Du domaine[3]. Son geste fut de cette générosité qui est une attention profonde à l’autre, et un signe de reconnaissance. Sans le savoir, il m’offrait un ensemble correspondant mot à mot au lieu où je vivais et vis encore. J’en fut très troublée. Je reconnaissais « mon lieu ». Nous en avons parlé et c’est ainsi qu’après avoir réalisé l’Eros souverain, il me proposa, avec la complicité bienveillante de Lucie Albertini, Devant l’étang.

Il me sembla pourtant que j’avais besoin d’une sorte de parenthèse de retrait pour reprendre mon souffle avant de commencer ce deuxième livre d’artiste; je le laissais reposer malgré des épreuves gravées et plusieurs maquettes.

« L’eau dans l’étang

est occupée à garder le temps. » [4]

« L’eau de l’étang

se prend un peu

pour l’éternité. »[5]

Peut-être ne faut-il jamais attendre mais toujours avoir la force intérieure de saisir le choses à temps. Eugène Guillevic, malade, dut nous laisser avec ses carnets, les livres en cours, toute cette matière vivante de cœur, de pensée, de regard. Après cette séparation, il fallut encore attendre, transformer la tristesse en force, garder le cap. Rester digne de son effort de vie, de continuité dans le travail, dans le mouvement d’une recherche intérieure toujours plus décantée et plus ouverte, d’une poésie simple, aux significations plus denses.

Mais il se produisit aussi en moi une transformation. J’épousais cette sorte de « fascination et répugnance » [6] pour l’étang. Plus j’avançais dans mon propre travail plus l’étang m’habitait et envahissait mes recherches sous forme de reflets de branches, eaux plus ou moins épaisses, ombres inquiétantes.

« Le péril n’est pas seulement hors de soi, dans l’œil « libidineux »[7] de l’étang plein de têtards qui se colle à la vitre, il est en soi.»[8]

J’avais besoin de laisser la dureté de la gravure du « Creuse, écris » (Inclus) et du tirage de livres pour me renouveler en revenant à la peinture. Je pensais toujours accompagner le poème Devant l’étang d’estampes mais le retour à la peinture me conduisit à laisser les projets successifs dans l’attente d’une juste adéquation entre mon cheminement intérieur et les interrogations du poème. Je compris un peu plus tard que le creusement viendrait de l’eau. Que l’outil pinceau étale la nappe de couleur mais creuse aussi sous la surface un lit poreux où le geste s’enfonce avec l’esprit, comme dans une sorte de rêve mouvant de fluidité.

 « Certains rêvent / Les rêves de l’étang » (p 56) et je ne voulais pas aller vers l’enlisement onirique mais donner une présence qui tienne, du corps au lieu, un domaine aux mots. Le péril était-il donc en moi ? J’avais maintenant peur devant ce livre, inachevé, inachevable; avec le sentiment d’une faute, d’un retard, d’un mouvement irréversible. Quelque chose ne pouvait plus se faire, dans ce livre comme dans la vie, ou se l’interdisait peut-être.

« Ne réussit pas qui veut

  à trouver l’étang » (p 42)

L’étang contenait une angoisse de transformation personnelle, mais aussi une exigence de vérité, un besoin de clarté. Je comprenais, sans pouvoir la réaliser, cette nécessité d’une Psychanalyse de l’Eau étudiée par Bachelard [9] : « L’être voué à l’eau est un être en vertige. Il meurt à chaque minute, sans cesse quelque chose de sa substance s’écroule… La peine de l’eau est infinie. »

Les poèmes de Guillevic sont alors devenus pour moi comme une chambre d’échos. En le lisant, il m’est souvent arrivé de penser : j’aurais pu l’écrire … Parce que Guillevic parle à la mer, à l’étang, en les tutoyant, c’est à chacun de nous aussi qu’il s’adresse.

*

« Devant l’étang », comme devant soi, ou devant la peinture, il y a toujours un moment où il faut plonger, se laisser couler jusqu’à la lumière du fond, par fidélité au poète, à sa langue, et par fidélité à soi.

« Tu es là, immobile, mais l’on sent que toujours, ça bouge en toi.»[10]

Pour transmettre ce mouvement, seul l’élément liquide entrait en résonance avec la tension du poème, ses questions, ses paradoxes. Il fallait une fluidité pour désamorcer le trouble, donner vie au mystère. Le pinceau plus que la pointe, l’aquarelle plus que l’empreinte, traduisent le renouvellement continu des formes, permettent « ce qui se travaille vers le fond ». La couleur dominante verte laisse filtrer l’azur, les pluies, le soleil. Elle anime d’éclaircies les quelques taches plus sombres.

« Descendre dans l’étang

 N’apprendrait rien de plus… »

Cette difficulté à trouver le juste chemin du regard, le juste chemin du travail de création pour Devant l’étang, peut-être ce passage en livre t’il la cause :

                      « Comme l’étang

                       Oublie sa source ! »

Guillevic nous la livre, avec pudeur :        

«  L’eau de l’étang,

   Veuve

   De l’océan. » (p 63)

L’océan serait-il l’époux, le père, …le fils ?

« Parfois tu étais

un moment de moi » (Carnac, p 203)

Il y a cette perte, « Tant d’amour a manqué / qu’on ne s’y connaît plus. » ( Pays, p 29, Sphère), et ce manque profond qui mène à  « Un silence /Couleur de l’étang. » (p 54)

Ainsi avec ces deux livres, Guillevic me donnait à creuser avec lui ces eaux qui l’ont porté, « L’eau / Matrice du cri », (p 83), cri de naissance et cri d’amour, et ces eaux plus troubles, où la mort se mélange au vivant, où les frontières sont incertaines entre la peur et le désir, le doute et le besoin d’enfouir, cacher, ou se nicher.

*

Une violence rentrée surgit soudain du face à face avec l’étang ; lutte des forces antagonistes liées au bien et au mal, mais que le poème lui-même tente de guérir. Le poète cherche à s’élever par la caresse, à vaincre ce libidineux de l’étang qu’il a en son ventre et qu’il saura « percer » pour liquider la peur, retrouver la clarté du toucher. [11] Retrouver la tendresse.

Ainsi, m’aidant d’autres poèmes, par une lecture transversale, je peux en quelque sorte entrer dans le secret de ces deux livres, de ces deux eaux, et leurs correspondances. Elles sont l’une en l’autre comme deux modalités de l’amour, toujours en mouvement et en lutte, « un refus de dire / Creusé dans le oui » ( Sphère, Conscience, Saluer, p 58) avec cette aspiration originelle d’élévation, au sens charnel, où l’acte d’amour est mouvement, lutte contre toutes les formes d’enlisements :

« Peut-être que la tourbe est montée des marais,

Pour venir lanciner, suinter dans le silence

Et nous suivre partout

Comme une mère incestueuse. »[12]

Dans ses « Amulettes », je retrouve la même gravité des questions, sous une forme légère, dont je ressens de plus en plus les multiples ramifications cachées de sens.

« Avoir vu

Tout au fond

De sa main,

Dans l’étang,

Des petits hommes

Qui remuaient. » [13]

Ces corps, il me semble bien qu’ils sont là, en nous, agités par la peur de se perdre. Ils sont nous, grouillants têtards.

*

Dans ma peinture, je suis comme devant l’étang, absorbée.

Lorsque je peins, je sens l’étang dans mon dos[14] , mais « Je n’aime pas / tourner le dos / A de l’eau étendue » et souvent je vais accorder mon regard aux branches qui plongent dans l’eau et s’y entrelacent. Ici point de reflet de soi. L’étang aspire le ciel et les frondaisons, loge animaux et végétaux, exclut la présence humaine dans sa vasque.

L’étang, c’est une imprégnation depuis vingt ans, un lieu d’habitation et de travail. Tantôt il abonde en eaux vertes et fécondes, tantôt il cristallise sous le gel, ou semble s’asphyxier. Dans tous ses états, la couleur dominante, verte ou brune, se répand, se décompose, s’assombrit. L’étang est animé d’un mouvement permanent, œuvrant sans relâche, même aux moments où il semble fléchir, s’assécher.

« L’eau stagnante

en elle-même toujours

se creuse

a sa propre recherche. »[15]

Je vois là, dans cette présence obsédante et mouvante, quelque ressemblance aux mouvements intérieurs de la peinture: un lieu et, en son creux, un non lieu. Dedans, un remuement profond. Quelque chose passe et repasse, pénètre comme dans un buvard, disparaît pour réapparaître autrement.

La masse des arbres plonge et se défait au gré des oscillations de la surface. Le geste de peindre lui aussi affronte une étendue obscure, et l’éclat blanc de la lumière. Il s’agit de circonscrire à l’intérieur de soi une nature qui s’abandonne à l’envahissement, riche de tous les jaillissements, qui refuse la stase, sans cesse meurt et se ranime. Nature qui travaille en nous jusqu’à l’épuisement, « infatigable–fatiguée »[16], jusqu’aux dissolutions successives. Le cercle fécond de renouvellements incessants fait de la peinture un « domaine », dont l’équilibre est perpétuellement en recherche. J’y approfondis mon ignorance, ma peur « …avec des yeux pires que l’étang »[17]. Mais le regard aussi se décante. A la fois dedans, dehors, et devant.

Georges Duthuit[18], à propos de l’œuvre de Bram Van Velde, exprime ce travail intérieur de la peinture en des termes étrangement comparables à ceux de l’étang.

« …un singulier pouvoir ici nous fixe, nous possède. »

Une même surface se tend et se relâche.

“Il y a là un déséquilibre si déchirant qu’on ne conçoit pas qu’il puisse être résolu…»

« …non pas le principe d’organisation des conflits mais leur lieu. »

Et aussi Jacques Putman, [19]:

« …lier le mouvement, …à une aussi lente et patiente élaboration… »

« Comme si son échec le plaçait au-dessus de l’échec… »

Le peintre accepte de se perdre pour se trouver, abandonne ses gestes aux alluvions de couleurs, avec le courage de poursuivre quoiqu’il en coûte. Le corps entier est requis pour cela,  « l’esprit ne peut être que vaincu ou par lui-même humilié… » (Putman, p42)

Il est important de savoir que Guillevic a aimé faire de nombreux livres avec des artistes. Sans faire de grands discours sur la peinture, certaines notes de Guillevic (Carnet noir, II, 1932, L’expérience Guillevic, Deyrolle 1994)) révèlent l’exigence de son regard et montrent son orientation intérieure profonde:

« Voir le monde en lui et non par rapport à soi, le monde (visible et invisible)

le monde peut être vu par l’intérieur de l’âme.

Le monde intérieur du poète (vrai, grand) est une vue du monde tel que le voit et l’a créé Dieu. »

*

La mer est « sans ventre apparemment. »[20] Mais Guillevic voyait dans l’étang un ventre. Cela est fondamental. Poème aussi la voix du ventre. Son appétit. Son souffle. Sa portée.

D’une apparente stagnation, l’étang travaille à quelque décomposition qui nourrit ceux qui y vivent. Et c’est comme un passé qui hante et nous fonde, qui attend d’être délivré quand l’étang devient menace, passivité collante, marécage. « Qu’y a t’il au fond de l’eau ? » (Carnets 1923-1938, L’expérience Guillevic). Est-ce le remords ? Qui malmène notre innocence ?

Et ces liens entre la mère nourricière, la poésie, et la coulée de peinture. Entre ce qui meurt et naît, entre ce qui se décante vers le fond et ce qui affleure à la surface, entre l’océan et la semence. Entre ce qui nous rend à notre porosité, nous absorbe et cette peur d’être avalé, cette peur au ventre. « Est-ce que nous nous nourrissons tous de ce qui nous dévore ? » [21]Menace fusionnelle.

La mère reste du côté de l’étang :

« En communication

avec les profondeurs

élaborant l’humus,…»[22]

 Et la femme, de l’océan  « … ce goût de la mer que nous prenons en toi »[23]

*

L’on ressent fortement l’inquiétude de Guillevic, dans les pages manuscrites du carnet où se trouve « Devant l’étang ». Le va-et-vient entre ce qui est regardé et ce qui cherche à se nommer ajoute une vibration intime à la lecture, maintient vivant le travail d’écriture, non comme une instabilité mais bien comme une quête d’exactitude, de nudité. On en reçoit les mouvements dans la gestation profonde.

L’océan est solennel, refuge, chant, et néant, mugissement, cauchemar. Il est tout aussi travaillé que l’étang, que la vague, que l’existence :

« Puissante par moments

de force ramassée … /

Quelquefois projetée

Comme un vomissement. »[24]

C’est l’acceptation de ces mouvements opposés et extrêmes, liés au flux et reflux du vivant et du temps, qu’enseigne Guillevic. C’est également l’expérience du lien entre le regard sur le monde et le dialogue continu avec toutes ses manifestations sensibles qui nous le rend si présent. Ami des peintres, il savait accueillir et comprenait l’importance primordiale du geste, celui qui souffle la forme et touche au silence.

Marie Alloy, Mai 2005 – Revue NU(e)2005

 

[1] Éditions Le Silence qui roule – Sandillon (45640)

[2] p 193 Carnac, Sphère

[3] Guillevic, Du domaine, Poésie Gallimard, 1977

[4] Guillevic, Du domaine, p 12

[5] Guillevic, L’eau, revue Corps écrit n° 16, revue PUF 1985

[6] Expression employée par Jacques Borel, préface à Terraqué, NRF Poésie Gallimard

[7]  Guillevic, Terraqué, NRF Poésie Gallimard, p 76

[8] Jacques Borel, préface à Terraqué, NRF Poésie Gallimard, p 12

[9] Bachelard, L’eau et les rêves, José Corti, 1989

[10] Guillevic, Devant l’étang, Marie Alloy édition Le Silence qui roule

[11] Guillevic, Terraqué, p76, 77, nrf Poésie Gallimard

[12] Guillevic, Terraqué, p 46, nrf, Poésie Gallimard

[13] Guillevic, Terraqué, p 192, nrf, Poésie Gallimard

[14] Guillevic, L’eau, revue Corps écrit n° 16, revue PUF 1985

[15] Guillevic, L’eau, revue Corps écrit n° 16, revue PUF 1985

[16] Guillevic, Carnac, dans Sphère,  NRF Poésie/Gallimard, p 186

[17] Guillevic, Sphère, Chemin, p 13

[18] Georges Duthuit, Derrière le miroir, 1952, à propos de Bram Van Velde

[19] Jacques Putman, Le musée de poche, 1958, Bram Van Velde, ed Georges Fall

[20] Guillevic, Carnac, dans Sphère,  NRF Poésie/Gallimard, p 149

[21] Jacques Borel, L’expérience Guillevic, Deyrolle, P 26

[22] Guillevic, Carnac, dans Sphère,  NRF Poésie/Gallimard p 71

[23] Guillevic, Carnac, dans Sphère,  NRF Poésie/Gallimard p 143

[24] Guillevic, Carnac, dans Sphère,  NRF Poésie/Gallimard, p 190


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