Portrait

Née en 1951 dans le Pas-de-Calais, Marie Alloy a vécu ses années de jeunesse dans le bassin minier du nord de la France. Elle a accompli sa formation artistique aux Beaux-Arts de Lille et Marseille puis aux universités d’Aix-en-Provence, Paris St Charles et Sorbonne, ce qui lui a permis d’enseigner les arts plastiques comme professeur agrégé.

Dès son plus jeune âge, Marie Alloy lit de la poésie (à commencer par Marceline Desbordes-Valmore à Douai, ville de sa famille paternelle), regarde la peinture flamande (Van Eyck, Rubens…) et peint. Aujourd’hui elle est davantage tournée vers les peintres italiens, Simone Martini, Giotto, Piero della Francesca, Bellini, Tintoret, Véronèse et Caravage… Elle aime particulièrement Rembrandt, Hercules Seghers, Ruisdael, Poussin, Morandi, Corot, Le Nain, Cézanne, Braque, Sima, Wols, Zack, Music, Tobey, Vieira da Silva, Manessier…, peintres qui sont aussi graveurs, mais surtout pour la douceur de leur rapport à la nature et leur humanité.

Marie Alloy se nourrit des écrits des peintres comme Delacroix, Rouault, Bissière,…etc. Elle écrit régulièrement des notes d’atelier et poèmes pour affiner sa pensée de la peinture, sans jamais la séparer de la vie. L’écriture lui est un outil complémentaire de la peinture, de la gravure et du livre – outil intime qui creuse la part la plus secrète de soi, (souvent à protéger du monde).

Elle a participé à de nombreuses expositions personnelles en peinture et collectives autour de la poésie, de l’estampe et du livre d’artiste – et a créé les éditions Le Silence qui roule en 1993. A ce jour elle a édité 37 livres de bibliophilie contemporaine avec des poètes, la plupart vivants. Créer un livre est toujours un geste d’amour.

Depuis 1990, Marie Alloy a développé une pratique poétique de la peinture en lien avec la nature, les arbres, herbes et paysages, visages et corps humains. Il s’agit pour elle de peindre leur empreinte intérieure plutôt que leur observation directe. Sa thématique dominante est liée à la terre, aux étangs, branches, ronces, dont elle tire des paysages presque abstraits mais faisant écho à son intériorité. Plus récemment cette recherche s’approfondit vers une quête de lumière, explorant les potentialités communes de la gravure, de la peinture, du dessin et même de la photographie.

Accorder le proche et le lointain, la vibration de la matière et la profondeur, la transparence et la densité, la finesse du détail et la force de la présence, pour atteindre, par-delà les couleurs, une qualité de lumière et de vision qui invite à une traversée des apparences, tout en restant intimement liée au réel. La réalité est inscrite dans notre mémoire comme un humus, un réservoir de formes gravées – vivier de possibles.

Sur la toile ou sur le cuivre, passent des forces souterraines, des incendies intérieurs, des forêts de secrets, des reflets de ciel, de boue, d’éclats de neige. Des élans emportent feuillages et terres dans le lit d’un fleuve d’ombres, de racines et de poussières. Comment traduire ces instants presque insaisissables comme la transparence grise d’un étang, le sang du soleil couchant, les cristaux de gel sur les rives de la Loire, le vert des lichens, le noir des ronces ? Lorsqu’ils cherchent à prendre vie dans notre regard et notre cœur, ils s’offrent, en peinture, comme des poèmes qui invitent à la contemplation.

L’œuvre peinte ou gravée devient alors autre chose que le visible dont elle s’est nourrie – quelque chose de l’ordre de l’imprévisible et d’une vision naissante.