La trace, l’énigme, la lisière, par Pierre Lecœur

Dans le numéro de la Revue Europe de novembre-décembre 2017 qui vient de paraître, Pierre Lecœur, retrace le parcours de Marie Alloy, sa relation privilégiée à la nature et à la poésie, et approfondit les liens qui s’établissent entre ses gravures, peintures et livres d’artiste.

Un article à découvrir de la page 333 à 339.

Présentation de ce numéro de la revue EUROPE:

95e année — n° 1063-1064 / novembre-décembre 2017

CÉSAR VALLEJO

Considéré comme l’un des plus grands poètes du XXe siècle, César Vallejo est né en 1892 à Santiago de Chuco, petite ville péruvienne dans la cordillère des Andes. Dans sa jeunesse, tout en fréquentant la bohème intellectuelle, il eut l’occasion de connaître la rude condition des travailleurs dans les mines et les plantations de canne à sucre. Après avoir publié au Pérou ses premiers livres, Les Hérauts noirs (1919) et Trilce (1922), en partie écrit en prison, il embarqua pour l’Europe en 1923 et son exil s’avéra sans retour. Il mourut à Paris en 1938, épuisé par la maladie et les souffrances d’une vie précaire qu’avaient ponctuée des séjours en Espagne et trois voyages en URSS. Ses Poèmes humains furent publiés après sa mort, tout comme Espagne, écarte de moi ce calice qui demeure le chant le plus pur et le plus définitif parmi tout ce que l’on a pu écrire sur la Guerre civile espagnole. L’œuvre géniale et intrépide de Vallejo va au-delà de l’aventure des avant-gardes et tout en exprimant un inébranlable désir de solidarité humaine, elle est traversée par la force grondante de la douleur et par « une énorme tension affective qui fait ressentir chaque poème comme une poignée de neige jetée en plein visage ».

JEAN CASSOU

Poète, critique d’art, historien, hispaniste et romancier, Jean Cassou (1897-1986) fut en toute chose un homme épris de liberté. Membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et rédacteur en chef d’Europe, il milita pour l’intervention française dans la Guerre d’Espagne. Dès septembre 1940, il s’engagea dans la Résistance où il occupa des fonctions importantes. Il importe aujourd’hui de redécouvrir l’écrivain, le rêveur solitaire et l’homme d’action dont l’exigence éthique était travaillée par « un sombre et magnifique espoir ».

PIERRE LARTIGUE

Pierre Lartigue (1936-2008) fut un enchanteur du verbe. Porté par un rêve d’envol où le cœur s’ajuste au souffle, son univers est régi par un principe de légèreté. Vaincre la pesanteur, c’était aussi pour lui avoir le courage de ne pas se dérober à l’inattendu. Poète, romancier, critique de danse, son œuvre admirable abrite sa profondeur sous un air de fête.

CÉSAR VALLEJO
Ina Salazar, Alejo Carpentier, Emilio Adolfo Westphalen, Antonio Gamoneda, César Vallejo, Saúl Yurkievich, Américo Ferrari, José Ángel Valente, Efraín Kristal, Miguel Casado, Alain Sicard, Nadine Ly, Marie-Claire Zimmermann, Alejandro Bruzual, María Ortiz Canseco, Gastón Baquero, Roberto Juarroz

JEAN CASSOU
Alexis Buffet, Pierre-Yves Canu, Edgar Morin, Jean-Marc Pelorson, Alexis Buffet, Olivier Bara, Marine Wisniewski, Jean Cassou

PIERRE LARTIGUE
Claude Adelen, Alain Lance, Florence Delay, Natacha Michel, Marie-Claire Dumas, Éric Auzoux, Denis Dabbadie, Pierre Lartigue

CAHIER DE CRÉATION

& CHRONIQUES

Notes sur la poésie de Luc Dietrich

 Notes sur la poésie de Luc Dietrich

« Je n’ai peut-être jamais écrit que pour m’expliquer devant toi. »

Luc Dietrich à Lanza del Vasto – Le dialogue de l’amitié

« Luc Dietrich (1913-1944 – mort pour la France) n’a publié de son vivant qu’un seul livre de poèmes Terre, en 1936. Le second et dernier, Emblèmes végétaux, achevé en 1943, égaré à sa mort, a demandé de nombreuses années de reconstruction avant sa publication en 1993, à titre posthume aux éditions Le temps qu’il fait, (textes et photographies). Dans ces deux livres, poésie et photographie se soutiennent et se complètent admirablement. » Jean-Daniel Jolly Monge.

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“La main et la feuille”

Dans ce livre d’artiste de bibliophilie, les textes poétiques sont extraits de l’ensemble intitulé “Emblèmes végétaux”, écrit en 1943. Marie Alloy a choisi six poèmes sur les vingt et un présentés dans le livre Poésies, paru en 1996 aux éditions Du Rocher. Le titre « La main et la feuille » est repris de l’un des textes de prose poétique de Luc Dietrich, présent dans cet ouvrage.

Dans les notes de Jean-Daniel Jolly Monge qui accompagnent ce livre Poésies de Luc Dietrich, (collection Alphée, éditions Du Rocher, 1996), il est précisé que Luc Dietrich s’appuie sur son observation du monde végétal pour transposer les sujets spirituels qui le hantent : “J’ai essayé de faire ressortir là tout ce que les plantes nous donnent comme exemples.”

Ces poèmes en prose ont inspiré le travail du graveur, l’élément végétal étant, pour Marie Alloy, un vecteur essentiel de ses explorations picturales et graphiques mais aussi spirituelles. Loin de faire concurrence aux photographies de l’auteur, c’est ici une mise en résonance poétique du texte de Luc Dietrich, toute en subtilités et sobriété. Le regard pénètre dans le mystère infiniment ramifié de quelques feuilles d’arbres ; leurs nervures, en un fin réseau de capillaires évoque l’écriture indéchiffrable du cosmos et le travail solitaire et relié de la main qui dessine, écrit ou grave.

Dans « Mémoire de la terre », Luc Dietrich écrit ceci, qui donne sens aux choix de ce livre : « Parmi tant de peuples d’arbres qui ont fleuri dans la gloire de l’air une seule feuille est demeurée. Saisie par la boue de quelque ancien déluge, pétrifiée dans les profondeurs de la terre… ». Marie Alloy, ici, essaie d’en restituer l’empreinte.

Descriptif : Livre d’artiste des éditions Le Silence qui roule, réalisé par Marie Alloy en avril et mai 2017 en son atelier de St Jean-le-Blanc, près d’Orléans. Il a été tiré à 15 exemplaires. Cette édition de bibliophilie, numérotée et signée par Marie Alloy, comporte 12 gravures originales (eaux-fortes, aquatintes et vernis mou), crées et tirées par l’artiste sur sa presse taille douce. La typographie a été réalisée au plomb par Christian Mameron de l’Atelier R.L.D à La Métairie Bruyère, près de Parly dans l’Yonne. Format total du livre avec l’étui et sa chemise (titre typographié au dos) : L 23 cm, H 26 cm, dos 4 cm. Chaque feuille du livre (vélin BFK de Rives 250 g) est repliée en trois parties ou leporello, parties qui constituent chacune une page. Quelques exemplaires sont augmentés d’une à deux autres estampes (sur 4 exemplaires).  Présentation de l’ouvrage : étui (papier noir ) avec chemise et titre au dos, compris.

Ces proses poétiques de Luc Dietrich sont publiées au Silence qui roule avec l’aimable autorisation d’Emmanuel Dietrich.

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Luc Dietrich

“Bon comme le bon pain, amer comme la vie”

Un article essentiel à lire, sur Esprits nomades (cliquer sur ce lien)

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Biographie de Luc Dietrich (d’après Wikipédia)

Luc Dietrich raconte lui-même son enfance et son adolescence dans un livre publié en 1935, Le Bonheur des tristes. Dans ce livre il parvient à s’extraire d’un certain niveau émotionnel pour transcender le côté pathétique de sa vie. À la mort de son père, il n’était âgé que de quelques années. Sa mère, droguée, intoxiquée, ne peut pas toujours le garder. Elle finit par mourir quand son fils a 18 ans. Entre-temps le jeune romancier est placé dans des hospices pour enfants débiles, ou comme garçon de ferme (notamment à Songeson dans le Jura).

Sa rencontre avec Lanza del Vasto constitue un tournant dans sa vie. Le futur fondateur de la communauté de l’Arche, assis sur un même banc au parc Monceau à Paris, lui demande soudainement : « Êtes-vous bon comme ce pain ? ». Lanza del Vasto passera des heures auprès de Luc Dietrich pour l’aider à rédiger ses livres (notamment L’Apprentissage de la ville) ; mais il refusera d’être cité comme coauteur.

Luc et Lanza partagent tout. La seule chose qui les séparera sera l’appréciation de l’enseignement d’un maître spirituel, G.I. Gurdjieff. Lanza s’en éloignera très vite, mais il avait aussi connu Gandhi ou Vinoba Bhave. Luc rencontre Philippe Lavastine qui travaille chez Denoël, et notamment le poète René Daumal. Il s’ensuivra une abondante correspondance.

Luc Dietrich avait été initié à la photographie par André Papillon. Il avait réalisé et publié un recueil de son vivant : Terre (Denoël). Un autre ouvrage avait semble-t-il disparu, quand Jean-Daniel Jolly-Monge, disciple de Lanza, exhuma et compléta patiemment ce second ouvrage : il fut publié bien après la mort de ces protagonistes par les éditions Le temps qu’il fait, Emblèmes végétaux (1993).

Bouleversé par la mort de Daumal, Luc Dietrich décide de fuir Paris pour rejoindre sur le front un docteur de ses amis, Hubert Benoit, autre élève de Gurdjieff, auprès duquel il semble trouver sa place, habillé d’une blouse blanche, allant d’un blessé à un autre, dispensant des paroles réconfortantes. Pris dans un bombardement, il est touché indirectement au pied, par des pierres. Le mal ne semble pas si grave, mais il est de santé fragile, il a passé des années sans domicile, dans des gares désaffectées ou non, perché dans des arbres. Après avoir été progressivement hémiplégique, gangrené, il est pris à son tour en photo (par René Zuber) sur son lit de mort, trois mois après la mort de René Daumal.

Œuvres

  • Huttes à la lisière, Jean Crès, 1931, réédition éditions éoliennes, 1995
  • Le Bonheur des tristes, Denoël & Steele, 1935; rééditions Le Temps qu’il fait, 1995 et 2016
  • Terre, Denoël & Steele, 1936, réédition Voix d’encre, 2015
  • L’Apprentissage de la ville, Denoël, 1942 ; rééditions Le Temps qu’il fait, 1995 et 2016
  • Le Dialogue de l’Amitié, avec Lanza del Vasto, Éd. Robert Laffont, Marseille 1943, Paris 1992
  • L’Injuste Grandeur, Denoël, 1951
  • L’Injuste Grandeur ou Le Livre des rêves, édition complète, texte établi, annoté et préfacé par Jean-Daniel Jolly Monge, Éditions du Rocher, 1993
  • Emblèmes végétaux, postface par Jean-Daniel Jolly Monge, Le Temps qu’il fait, 1993
  • Poésies, texte préfacé et annoté par Jean-Daniel Jolly Monge, Éd. du Rocher, 1996
  • L’École des conquérants, éditions éoliennes, 1997
  • Demain, c’est le possible suivi de Lettres à René et Véra Daumal, éditions éoliennes, 2011
  • Sapin, ou La Chambre haute, éditions éoliennes, 2014

Sur Luc Dietrich

  • Ouvrage collectif, sous la direction de Frédéric Richaud, Luc Dietrich, Le temps qu’il fait, 1998
  • Frédéric Richaud, Luc Dietrich, Grasset, 2011

LES ATELIERS MORET à Paris 5ème

Ayant obtenu en novembre le prix de gravure 2014 des ateliers Moret au salon des artistes Orléanais,Marie Alloy se prépare donc à faire aciérer une de ses plaques de cuivre et à participer à un tirage avec toute l’équipe.

Ci-dessous présentation via un article extrait de la revue Matrice. Tous droits leurs sont réservés, texte et photos.

Les Ateliers Moret

Les Ateliers Moret, imprimeur d’estampes en taille-douce, sont situés rue Saint Victor, dans le cinquième arrondissement de Paris.

Historique
“André Moret, ancien ouvrier Taille-doucier des ateliers Robbe et Leblanc crée son propre atelier en 1947. A son décès, survenu en 1967, André Moret laisse un atelier prospère grâce à sa technicité et surtout à l’ambiance conviviale qu’il a su créer entre les artisans qui y travaillent et d’autre part entre les artisans et les graveurs. Son épouse Jeanne reprend la direction puis son fils Daniel qui, avec Didier Manonviller et J-P Boucher crée en 1990, “les Ateliers Moret”. En 1992, les Ateliers Moret se sont adjoint une unité d’aciérage. En mai 2000, J.P Boucher quitte les ateliers pour s’installer en province.”

“L’imprimerie en taille-douce regroupe toutes les techniques de gravure en creux : pointe sèche, burin, manière noire, aquatinte, eau-forte et etc …
Les origines de ce métier sont attribuées aux orfèvres des 13e et 14e siècle qui, pour garder un modèle de leurs travaux, eurent l’idée d’appliquer par pression un papier sur le métal gravé. Les presses suivirent, d’abord en bois, puis en fonte… Aujourd’hui, l’électricité a remplacé la roue, seule évolution notable du métier qui pour l’essentiel est resté identique.
Lorsqu’aux siècles précédents, certains graveurs n’effectuaient que des gravures non originales, leurs imagination n’était pas sollicitée puisqu’ils ne devaient que reproduire, le plus fidèlement possible, des dessins effectués par d’autres. Il en était de même pour leurs imprimeurs qui étaient considérés comme de simples artisans.
Actuellement un graveur qui crée des gravures originales, se hisse au niveau d’un artiste et son imprimeur est également amené à dépasser son métier par ses créations techniques : il devient un artisan d’art.”

“Toujours en accord avec le graveur, le taille-doucier intervient à différents niveaux :

Tout d’abord dans le choix du papier :
selon sa texture, au grain plus ou moins gros, il est choisi en fonction de la finesse de la taille de la gravure et de sa couleur, du blanc au crème, en fonction de l’ambiance de la gravure.

Puis dans le choix de l’encre : selon sa texture, une encre plus grasse donnera plus de velouté, une encre plus sèche accentuera les contrastes ; selonsa couleur, les noirs donnent le meilleur rendu, mais peuvent être nuancés en noirs chauds bistres ou en noirs bleutés suivant l’ambiance désirée par l’artiste.

Puis dans la manière d’essuyer la plaque de métal :
lorsque celle-ci est encrée, elle est ensuite essuyée par la paume de la main de l’imprimeur. Ce paumage de la surface imprimante peut être plus ou moins prononcé à certains endroits de la gravure, de façon à donner inversement plus ou moins de force au trait. Un retroussage peut en outre être employé, il consiste à faire remonter l’encre du fond de la taille vers les bords latéraux par un essuyage léger, souple et précis qui renforcera certaines tailles.

Enfin dans la manière d’aciérer la plaque de cuivre :
il s’agit d’un dépôt d’acier par électrolyse. Ceci a pour avantage de durcir le cuivre imprimant qui permet d’effectuer plusieurs tirages sans user la gravure et d’obtenir des couleurs sans oxydation du cuivre.”

“Nos travaux vont de l’imagerie à l’estampe originale signée et numérotée.
Notre profession souffre actuellement d’une méconnaissance du public pour qui, il est vrai, la distinction des différentes techniques d’impressions reste difficile à saisir. L’impression en taille-douce étant une affaire de gens de métier et de plus une technique trés démonstrative, nous n’hésitons pas à ouvrir la porte de notre atelier aux visiteurs ainsi qu’à participer à de nombreux salons d’art afin de montrer notre travail au public et faire participer les enfants à découvrir le métier et la technique formidable qu’est la gravure.”

J.P. Boucher
Sur les images, Daniel Moret, Didier Manonviller, Thomas Fouque et Daphné.
Les Ateliers Moret – Aciérage Manonviller
8 rue Saint Victor
75005 Paris
01 43 26 51 67
http://lesateliersmoret.free.fr