L’EMPREINTE DU VISIBLE, une lecture d’Isabelle Lévesque

REVUE EUROPE N°1069, mai 2018, page 377

Une note de lecture d’Isabelle Lévesque

Marie Alloy, L’empreinte du visible                                                                                                  Al Manar, coll. La Parole peinte, 2017 – 148 pages, 25 €

Après Cette lumière qui peint le monde (L’herbe qui tremble, 2017), où elle évoquait la peinture de quelques-uns de ses peintres favoris, Marie Alloy écrit sur son propre travail dans L’empreinte du visible.

Entrons dans l’atelier, comme nous y invite la peintre sur le seuil du livre.

L’empreinte est-elle une illusion ou un révélateur ? Peindre relève-t-il les traces ineffables de ce qui nous lie au monde ou distingue-t-il quelques lignes pour que celui qui regarde les laisse à son tour exister ?

L’épigraphe de John Berger présente l’artiste comme un « récepteur », un passeur qui transmet ce qu’il a reçu dans son œuvre. Marie Alloy distingue bien ces deux temps essentiels pour le peintre, celui de la réception et celui de la création. Si elle s’efforce de capter l’instant du regard dans ses peintures, l’artiste veut aussi restituer une forme d’écho verbal au travail effectué dans l’atelier que pour nous elle « entrouvre », comme dans sa peinture apparaît souvent une brèche qui laisse passer la lumière ou la nuit dans une réversibilité énigmatique et signifiante. Quelque chose hésite, se meut sur un territoire instable et devient sans parvenir à être tout à fait. L’inatteignable ne se mesure pas, il pose une équation lumineuse que nous explorons sans la résoudre : un instant puis un autre – succession d’éclats, mesure infime du regard posé sur la succession, acceptant l’insécurité d’un mouvement perpétuel.

Les notes ici rassemblées ne sont pas présentées dans un ordre chronologique, comme le feraient un journal ou un simple carnet. Elles sont regroupées en neuf chapitres qui correspondent à différents moments du travail du peintre, ou différentes façons de l’envisager. Parfois très brèves, proches de l’aphorisme, parfois plus longues, les notes se font réflexions développées, souvenirs, récits de rêves et approchent souvent alors le poème en prose.

L’allure proverbiale est souvent démentie par la réalité exprimée, la fragilité des certitudes, l’acceptation d’être dessaisie pour que la peinture soit possible. De même, les infinitifs, sans limite temporelle, pourraient offrir l’éternité, ils lui substituent une valeur modale teintée de doute, tout est tenté :

« Peindre, préserver la clarté de l’énigme.

Accueillir l’apparition. »

Des impressions d’enfance ont laissé une empreinte devenue pour l’adulte une matière onirique, vivier du trait et de la couleur :

« Campanules. Le bleu de quelques fleurs d’enfance, clochettes habitées d’un cœur. Fragilité presque suppliante qu’on ne les cueille pas. Une sorte de bénédiction poussée de la terre. »

Peintre et poète vivent sur le seuil qui fait passer du pays d’ici à un arrière-pays d’enfance, de rêves, de mémoire, de pensées et d’intuitions parfois sans mots. Si leurs arts révèlent un point commun fort, c’est celui de ce que Pierre Dhainaut appelle l’art du passage (L’herbe qui tremble, 2017). Yves Bonnefoy lui aussi invite à rapprocher poème et tableau : « Ce sera lui le creuset où l’arrière-pays, s’étant dissipé, se reforme, où l’ici vacant cristallise. Et où quelques mots pour finir brilleront peut-être, qui, bien que simples et transparents comme le rien du langage, seront pourtant tout, et réels. »Mais, bien sûr, quand il s’agit de la lumière de la peinture, « c’est au-delà des mots qu’elle fait fleurir » (L’Arrière-pays – Gallimard, 2003).

La forme des notes discontinues, séparées par un astérisque, mais assemblées dans des chapitres thématiques, permet à la pensée de ne pas se concentrer sur un point mais de se livrer à la liberté des impressions. L’empreinte chaque fois détermine une trace (le texte, la peinture, la gravure) figurant un instant.

Dans certains poèmes en prose, comme pour les peintures, on peut « deviner ou reconnaître […] un visage ou un jardin ». Tout est devant nous inachevé, la promesse d’un regard pourrait suffire à proposer une forme complète, elle variera chaque fois. Œuvre ouverte, œuvre offerte, elle est inépuisable et modestement soumise à qui la regarde, spectateur invité à y tracer son propre inachèvement.

Isabelle Lévesque

 


Meilleurs vœux 2018 !

Marie Alloy a le plaisir de vous présenter ses meilleurs vœux.
Que l’année 2018 vous soit :

un bleu, à ciel ouvert, une source –

un rouge, souffle de liberté, de chaleur –

un gris de terre douce, de paix.

Extraits de L’empreinte du visible

Éditions Al Manar/Alain Gorius, collection La Parole peinte (les photos des pages ci-dessus correspondent à l’édition à tirage limité – peintures originales de Marie Alloy) Ouvrage en édition courante paru en novembre 2017 (voir site de l’éditeur).

Droits réservés. Copyright éditions Al Manar et ADAGP pour les peintures de Marie Alloy.

 


“L’empreinte du visible” notes d’atelier de Marie Alloy

Vient de paraître, en cette fin novembre 2017 :

“L’empreinte du visible”, un nouveau livre de Marie Alloy

aux éditions Al Manar, dans une nouvelle collection La Parole peinte

                  

Dans cette édition courante, on peut non seulement lire les notes d’atelier de Marie Alloy mais aussi découvrir 28 reproductions de belle qualité de ses tableaux et gravures.

Il a été réalisé un tirage de tête, à 20 exemplaires numérotés et signés par l’artiste auteur, comportant vingt cinq aquarelles originales.

Les chapitres : L’acte de peindre – Avec ou sans les mots – Le travail du regard – Reflets des saisons – L’atelier des couleurs – A l’épreuve avec les outils du graveur – Empreintes invisibles – Visitations secrètes – Aux lisières du silence

Quelques pages peintes …

             

Peindre dans la continuité des rêves, au cœur du brasier ordinaire des jours, dans le tremblement du sens – là où se révèle une forme de beauté née du silence ou cherchant à l’atteindre.”  Marie Alloy

    

L’Empreinte du visible

 Dans ce livre, L’Empreinte du visible, Marie Alloy, peintre et graveur, tente, sous forme de notes d’atelier et de vie, d’approcher l’expérience picturale au plus intime: « Les notes se saisissent parfois d’une pensée fugitive, en balbutient le sens, l’émotion ou l’étrangeté. Elles traquent ces sortes d’insurrections mentales qui surgissent en peignant ou en gravant, pour à la fois les retenir et s’en libérer. Elles se nourrissent aussi de la nature, de la poésie et des œuvres d’autres artistes profondément aimés. Accueillir le visible et l’imprévisible, entrer en dialogue avec ses propres incertitudes de peintre. La réalité est inscrite dans la mémoire comme un humus, un réservoir de formes, un vivier. Peindre, graver ou écrire sont une manière d’en restituer l’empreinte intérieure et de suivre à la trace les mouvements incessants qui conjuguent et questionnent regard et pensée, sans proposer de réponse définitive.

Un livre à ouvrir comme la porte de l’atelier, tout doucement… »

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