De nouveaux lieux pour le salon Page(s)

Association PAGES

Siège : 51A, rue du Volga, 75020 – PARIS . Secrétariat : 13, rue de l’école Polytechnique, 75005 Paris – Contact: Téléphone : 09 54 38 21 65 – E mail : contact.pages@free.fr Représentants légaux : Catherine Okuyama,  Alain Gorius

Les Salons :

Pages en Novembre

24 – 25 – 26 novembre 2017

Palais de la femme
94, rue de Charonne
75011 Paris

Invité d’honneur : Rachid Koraïchi

La main, la feuille, la gravure et le livre – à Luc Dietrich

Depuis de nombreuses années, relisant régulièrement « Emblèmes végétaux », je me dis que, décidément, j’aime ces textes poétiques ! Voilà une voix qui me parle, une façon de dire la nature en écho à la psyché humaine qui ne cesse de m’émouvoir ; quelque chose se produit à leur lecture que je ne peux pas analyser, l’étonnement d’un profond accord, d’une communauté de regards. Les textes de cet ensemble « Emblèmes végétaux » résonnent avec force et finesse face à mes gravures, on les dirait écrits pour elles… Voilà, spontanément, ce que j’ai ressenti de prime abord – ce qui fut le point de départ de ce livre, avec un vrai désir d’accompagner le regard pénétrant de Luc Dietrich.

J’ai lu, relu, puis j’ai gravé, spécialement pour ces pages, ne voulant pas utiliser des gravures plus anciennes qui auraient pu leur correspondre. Sachant que Luc Dietrich avait écrit ces textes à partir de ses propres photos d’arbres, de feuillages, de nature, j’ai différé le besoin d’en prendre connaissance avant la réalisation de mes propres gravures. Car ce qui m’importait, c’était de rendre visible un écho personnel à ces poèmes, de donner à voir ce qu’ils gravaient en moi, l’empreinte qu’ils laissaient ouverte et le chemin de conscience que je pouvais ensuite établir entre ses mots et mes estampes.

Aujourd’hui, devant la photo faite par Luc Dietrich qui accompagne La main et la feuille, je comprends le lien qu’il a pu établir entre la morphologie des doigts d’une main et les diverses divisions du limbe de la feuille comme ici cette feuille – de figuier me semble-t-il (dont le terme scientifique est : à nervation palmée). Les doigts de la main, (de Dietrich ?), vus à contrejour derrière la transparence de la feuille, interrogent les correspondances entre vie humaine et vie végétale, dont celles qui ne sont pas seulement graphiques.

Comme « Tout s’inscrit aux nervures de la feuille », « Tout est gravé dans le creux de la main », c’est pourquoi j’ai choisi de retenir ce titre « La main et la feuille » pour l’ensemble du livre d’artiste, car le lien poétique que réalise Dietrich entre leurs deux réalités, fait de l’analogie visuelle le fruit d’une poétique à dimension philosophique. Si « Tout s’inscrit aux nervures de la feuille », les saisons, le sol, l’air, « l’âge où l’on porte fruit avant de dépérir pour repartir, au cœur d’un autre germe », au creux de la main, on retrouve, gravés « les défaites qui sont tombées sur nous comme la pluie » et « les succès ». Ainsi notre « secret destin », comme celui de la feuille, « est inscrit jusque dans les étoiles ». « Notre main est une étoile de chair » et « cette feuille est une paume céleste ». Toutes deux s’ouvrent à l’espace, à la lumière du dehors, toutes deux auront connu « l’âge où l’on s’élève et se dédouble ». Face à cette multiplication des possibles qui s’engendrent mutuellement, cette main et cette feuille, uniques et semblables, indiquent que rien n’est séparé et que bien des éléments du monde peuvent se retrouver ainsi, unis par le dessin – ou le destin.

J’ai donc travaillé mes gravures en insistant sur l’infinité des nervures végétales, si proches de la peau humaine et même du système lymphatique. J’ai cherché à traduire, grâce à cette « main de ramures *» l’immensité cosmique. La matière obtenue par une constellation d’empreintes végétales, avec la technique du vernis mou et divers tracés à l’eau forte, encrée de noirs et de gris, donne l’impression d’un hors temps, comme une sorte de mise en sommeil du monde, ou son envers mental. L’univers végétal est saisi à partir de l’infiniment petit, il restitue avec finesse la matière la plus frêle, la « saveur *» du fragile (d’infimes fragments et bris de végétaux sont unis en un tissage suggestif) – en résonance poétique avec la prolifération de détails minuscules, comme quelques fines racines noires échevelées ou le fil blanc de radicelles. Parfois se pose un épi de lumière sur le fourmillement secret des grains de l’aquatinte. Dans « Matin sur le lac », « une herbe vivante indique le chemin de la délivrance ».

Cette main d’homme donnée à la feuille, fidèle à la terre et à l’intuition du photographe Luc Dietrich, j’espère lui avoir rendu hommage. En gravant les semences végétales, en imprimant leur éclosion dans l’espace en une myriade d’étoiles jetées dans l’obscur, la feuille et la main se rejoignent, laissant à chaque poème la douceur mystérieuse de leur rencontre…

2017 06 20  Marie Alloy

  • « saveur », terme que l’on retrouve dans les traductions de René Daumal de textes sanskrits sur la poésie (voir Le Contre-Ciel suivi de Les dernières paroles du poète, nrf Poésie/Gallimard). P233 La poésie est une parole dont l’essence est saveur. « La Saveur est l’essence, au sens de la réalité substantielle, c’est-à-dire la vie même de la poésie. »
  • « main de ramures », dans le texte « Jardin à la Française », de Luc Dietrich, dédié à René Daumal

Le Jardin aux trois secrets

« Le jardin aux trois secrets »

poème de Jean Pierre Vidal

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Poème inédit de Jean Pierre Vidal, inspiré par une photographie de Thomas Bernhard, accompagné de six eaux-fortes et aquatintes originales de Marie Alloy, dont une en couverture. Typographie composée en Baskerville de corps 16 sur vélin Johannot, Atelier Vincent Auger. Tiré à vingt exemplaires numérotés et signés par le poète et l’artiste. Édité en 2015.

Format du livre fermé : L23 x H26 cm. Étuis avec chemise réalisés par Nathalie Peauger, relieur, l’Écrin des écrits, à partir d’une peinture sur papier de Marie Alloy.

À propos de ce livre d’artiste:

LE JARDIN AUX TROIS SECRETS

« J’ai vu un jour, dans La Quinzaine littéraire, une photographie de Thomas Bernhard enfant, un enfant dans la force de la vie, de l’insolence et de l’invincibilité de la vie. La nuit suivante, j’ai fait ce rêve, un rêve très narratif et très visuel, avec des images très précises que j’ai tenté de transmettre dans les mots. Il est donc difficile de me sentir l’auteur d’un texte qui m’a été dicté par le visage d’un enfant que je n’ai pas connu et où, pourtant, j’ai reconnu ma propre enfance, toute aussi inconnue. »

Jean Pierre Vidal

*

Graver la végétation du rêve

J’ai tenu, dès le départ, à ne retenir que l’idée de jardin pour accompagner ce beau poème de Jean Pierre Vidal, afin de préserver ses secrets. J’ai, peu à peu, orienté mes recherches gravées, vers un monde végétal mental, ne souhaitant ni créer un paysage ni une sorte de décor qui empêcherait le rêve de circuler entre les pages. J’ai cherché, en m’aidant de la technique du vernis mou, à composer avec des empreintes de végétaux ramassés dans le jardin, utilisant leurs dessins pour prolonger les miens et les baignant dans l’ombre et la lumière de l’aquatinte. J’ai obtenu quelque chose de l’ordre de l’herbier sauvage, tout en délicatesse, que les herbes soient fines ou les feuillages touffus.

La gravure restitue ce qui s’imprime en se dérobant à la prise du réel, elle rend visible l’empreinte avec, comme un voile lointain, une mise hors de portée. Ici j’ai pensé à la végétation d’un rêve, avec sa part d’inquiétude et la simplicité de l’enfance. J’ai recherché un équilibre, toujours sur le seuil du rêve, entre les trois temps du poème et leurs correspondances avec les gravures, pour faire résonner entre eux un sentiment d’étrangeté douce et familière.

Le jeu délicat et fragile des empreintes fait ressortir la lumière du papier et unifie ici la typographie et les estampes. Le trait végétal prend parfois une teneur irréelle, laissant le regard glisser entre les mots et les empreintes gravées. Le temps semble suspendu dans ce livre, lové dans une matière cendreuse mais précise. Les infimes détails d’une herbe ou de petites feuilles recroquevillées, miniaturisées, dessinent une sorte de dérive légère et libre.

C’est, au fil des temps du poème, l’intimité silencieuse des feuillages qui transparaît, puis la douceur de ce calme s’envole tout à coup, se rompt. Après être passées par la blancheur d’une chapelle vide, les plantes sèches et volatiles retombent en tournoyant sur le sol de la page pour s’y recueillir avec la dernière strophe du poème.

Le temps du graveur se divise en étapes, en états. Le graveur fait confiance aux processus de l’acide, de la corrosion du métal et ses aléas, aux textures du papier pour que les herbes et diverses plantes, pressées sous les cylindres puis mordues à l’eau forte, retrouvent une seconde vie, entre noir et blanc. Le papier humide accueille leurs empreintes sans résistance, et ici même, avec tendresse, conservant la caresse secrète du poème, comme sa folie souveraine. Les feuilles et herbes séchées, rétractées, s’ancrent dans la plaque de métal, constituant, au fur et à mesure des états, un palimpseste où la mémoire, incrustée dans le papier, suggère les restes du rêve. Le gris des plantes gravées, encrées, puis imprimées, rappelle celui de la cendre, en une doublure d’ombre.

Partage du rêve, accompagnement sensible dans le livre. Je ressens le secret de ce poème dans la délicatesse de l’amour qui l’écrit, où le désir, en filigrane, est mu par des mouvements profonds. Quelque chose de mystérieux naît puis s’efface tout à coup comme le visage de l’enfance. J’ai tenté de graver la pureté fragile de l’élan amoureux puis de faire ressentir la fuite, la honte devant l’appel du désir, par les changements de ton des empreintes végétales. Pour que ce rêve se poursuive, comme l’enfance, Jean Pierre Vidal a dédié ce livre à son petit-fils.

Marie Alloy, septembre 2015

Beauté de la typographie

à travers les branches nues, Tarjei Vesaas

Novembre – décembre 2016

« A travers les branches nues »

Un nouveau livre d’artiste de Marie Alloy, sur un poème de Tarjei Vesaas, extrait de Lisières du givre, réalisé à 15 exemplaires, tous manuscrits par Marie Alloy, chaque exemple étant différent dans son interprétation graphique et calligraphique. Ces livres sont accompagnés de six gravures originales de Marie Alloy, eaux fortes, burin et aquatinte plus une en couverture avec passage sur le dos et le recto du livre. Couverture typographiée (atelier Vincent Auger, Paris). L’ensemble est réalisé sur BFK de rives pour la couverture et papier Hanemülhe pour toutes les pages intérieures.

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Format vertical. Hauteur :  32.5 cm     Largeur : 26 cm

dsc01746-copie frontispice sur quelques exemplaires