Chaque fois que l’aube paraît.

« Chaque fois que l’aube paraît le mystère est là tout entier »   
René Daumal
Poésie noire et poésie blanche.

 

« Mais où est la poésie en tout cela, direz-vous ? La vraie, la grande, celle qui vous dresse, le cheveu hérissé et la gorge sèche, qui vous divise au diamant en vos parties constituantes, et vous rassemble en même temps en une flèche droit décochée à la vitesse où tout meurt en lumière, qui poigne, oriente, embrase et voue, la vraie, la grande ?

Celle-là n’est pas future, celle-là n’est pas passée, elle est ou elle n’est pas. Dans le silence hors de tout temps où elle veille, plongeons sans esprit de retour. Beaucoup s’y noieront, quelques-uns l’en feront jaillir. »

René Daumal, « Chaque fois que l’aube paraît », 1942.

Photos ©Marie Alloy

                  

                        

René Daumal peint par Sima (lien sur expo 2015 Issoudun)

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Le jeu avec la vie, l’amour, la mort, le vide et le vent

Joseph Sima, artiste tchèque, a été LE PEINTRE du « Grand Jeu ». Roger Gilbert-Lecomte, André Rolland de Renéville et René Daumal, ont participé activement à ce mouvement qui ne se voulait pas littéraire ou artistique, mais avant tout une aventure de l’expérience humaine, à la recherche d’une connaissance qui soit porteuse de vérité métaphysique. Les jeunes gens mettent au point un principe qu’ils appellent la métaphysique expérimentale dont le but est, à travers des expériences d’écriture, de création mais également de drogue et d’expériences physiques, d’essayer d’approcher une connaissance absolue de l’être.

De la poésie comme exercice spirituel

    

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La chaîne des éléments. Luc Dietrich à Lanza del Vasto.

« Alors l’homme cherche Dieu entre les branches de la nuit. »

                                 

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Principes et préceptes du retour à l’évidence. Fragments.

« Écris peu.

Devant la parfaite beauté des rameaux, des ombrages, des nées et des eaux, la plume hésite, prise de pudeur.

Une herbe simple t’intimide.

Voyant ce monde et voyant la lumière, tu n’auras pas l’ingratitude de te croire grand.

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Ne veuille jamais écrire, ni peindre, ni sculpter, ni chanter, ni bâtir.

Mais si l’image ou la chanson se construisent d’elles-mêmes en toi, laisse-les faire, par respect.

Écarte avec force les appels du dehors, tiens-toi tranquille et laisse-les faire.

Attends, écoute, apprends ce que c’est qu’agir comme n’agissant pas. Sache veiller sur ton propre sommeil. L’art est une volonté délibérée de ne pas vouloir. »

Lanza Del Vasto

« Feuilles d’or »- photo ©Marie Alloy

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Références Revue FONTAINE:

          

La main, la feuille, la gravure et le livre – à Luc Dietrich

Depuis de nombreuses années, relisant régulièrement « Emblèmes végétaux », je me dis que, décidément, j’aime ces textes poétiques ! Voilà une voix qui me parle, une façon de dire la nature en écho à la psyché humaine qui ne cesse de m’émouvoir ; quelque chose se produit à leur lecture que je ne peux pas analyser, l’étonnement d’un profond accord, d’une communauté de regards. Les textes de cet ensemble « Emblèmes végétaux » résonnent avec force et finesse face à mes gravures, on les dirait écrits pour elles… Voilà, spontanément, ce que j’ai ressenti de prime abord – ce qui fut le point de départ de ce livre, avec un vrai désir d’accompagner le regard pénétrant de Luc Dietrich.

J’ai lu, relu, puis j’ai gravé, spécialement pour ces pages, ne voulant pas utiliser des gravures plus anciennes qui auraient pu leur correspondre. Sachant que Luc Dietrich avait écrit ces textes à partir de ses propres photos d’arbres, de feuillages, de nature, j’ai différé le besoin d’en prendre connaissance avant la réalisation de mes propres gravures. Car ce qui m’importait, c’était de rendre visible un écho personnel à ces poèmes, de donner à voir ce qu’ils gravaient en moi, l’empreinte qu’ils laissaient ouverte et le chemin de conscience que je pouvais ensuite établir entre ses mots et mes estampes.

Aujourd’hui, devant la photo faite par Luc Dietrich qui accompagne La main et la feuille, je comprends le lien qu’il a pu établir entre la morphologie des doigts d’une main et les diverses divisions du limbe de la feuille comme ici cette feuille – de figuier me semble-t-il (dont le terme scientifique est : à nervation palmée). Les doigts de la main, (de Dietrich ?), vus à contrejour derrière la transparence de la feuille, interrogent les correspondances entre vie humaine et vie végétale, dont celles qui ne sont pas seulement graphiques.

Comme « Tout s’inscrit aux nervures de la feuille », « Tout est gravé dans le creux de la main », c’est pourquoi j’ai choisi de retenir ce titre « La main et la feuille » pour l’ensemble du livre d’artiste, car le lien poétique que réalise Dietrich entre leurs deux réalités, fait de l’analogie visuelle le fruit d’une poétique à dimension philosophique. Si « Tout s’inscrit aux nervures de la feuille », les saisons, le sol, l’air, « l’âge où l’on porte fruit avant de dépérir pour repartir, au cœur d’un autre germe », au creux de la main, on retrouve, gravés « les défaites qui sont tombées sur nous comme la pluie » et « les succès ». Ainsi notre « secret destin », comme celui de la feuille, « est inscrit jusque dans les étoiles ». « Notre main est une étoile de chair » et « cette feuille est une paume céleste ». Toutes deux s’ouvrent à l’espace, à la lumière du dehors, toutes deux auront connu « l’âge où l’on s’élève et se dédouble ». Face à cette multiplication des possibles qui s’engendrent mutuellement, cette main et cette feuille, uniques et semblables, indiquent que rien n’est séparé et que bien des éléments du monde peuvent se retrouver ainsi, unis par le dessin – ou le destin.

J’ai donc travaillé mes gravures en insistant sur l’infinité des nervures végétales, si proches de la peau humaine et même du système lymphatique. J’ai cherché à traduire, grâce à cette « main de ramures *» l’immensité cosmique. La matière obtenue par une constellation d’empreintes végétales, avec la technique du vernis mou et divers tracés à l’eau forte, encrée de noirs et de gris, donne l’impression d’un hors temps, comme une sorte de mise en sommeil du monde, ou son envers mental. L’univers végétal est saisi à partir de l’infiniment petit, il restitue avec finesse la matière la plus frêle, la « saveur *» du fragile (d’infimes fragments et bris de végétaux sont unis en un tissage suggestif) – en résonance poétique avec la prolifération de détails minuscules, comme quelques fines racines noires échevelées ou le fil blanc de radicelles. Parfois se pose un épi de lumière sur le fourmillement secret des grains de l’aquatinte. Dans « Matin sur le lac », « une herbe vivante indique le chemin de la délivrance ».

Cette main d’homme donnée à la feuille, fidèle à la terre et à l’intuition du photographe Luc Dietrich, j’espère lui avoir rendu hommage. En gravant les semences végétales, en imprimant leur éclosion dans l’espace en une myriade d’étoiles jetées dans l’obscur, la feuille et la main se rejoignent, laissant à chaque poème la douceur mystérieuse de leur rencontre…

2017 06 20  Marie Alloy

  • « saveur », terme que l’on retrouve dans les traductions de René Daumal de textes sanskrits sur la poésie (voir Le Contre-Ciel suivi de Les dernières paroles du poète, nrf Poésie/Gallimard). P233 La poésie est une parole dont l’essence est saveur. « La Saveur est l’essence, au sens de la réalité substantielle, c’est-à-dire la vie même de la poésie. »
  • « main de ramures », dans le texte « Jardin à la Française », de Luc Dietrich, dédié à René Daumal

Luc Dietrich et la photographie

En annexe, une photographie confiée à nos regards par Frédéric Richaud, auteur d’une biographie sur Luc Dietrich, parue chez Grasset en 2011.

en écho au poème de Luc Dietrich « La main et la feuille » et au livre d’artiste récemment interprété par Marie Alloy avec des gravures.

Une autre photographie de Luc Dietrich accompagnant son poème

Herbes sur le mur
Le vent apporte un peu de terre et septembre apporte la graine. Au sommet de ce mur poussent les plantes droites. Sensibles au moindre souffle, traquées de vent, sensibles au sec quand la pierre est brûlante, vivant au hasard des pluies qui prolongent leurs agonies, elles élèvent pourtant leurs semences jusqu’au ventre du ciel.

Luc Dietrich, Emblèmes Végétaux

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‎Thèmes végétaux. Manuscrit autographe, vers 1943 (56 pages en 49 feuillets de différents formats).‎

‎ Impressionnant manuscrit autographe du cycle des « Emblèmes végétaux », rédigé à l’encre et au crayon avec de très nombreuses variantes, ratures et corrections sur différents supports, voire au verso de tirages photographiques découpés de l’auteur, certaines pages étant enluminés de dessins.

Annoncé dans l’édition de 1941 du « Bonheur des tristes », les « Emblèmes végétaux » est le dernier livre de Luc Dietrich. Le manuscrit définitif fut déposé aux Éditions Denoël fin octobre 1943, puis égaré. Il a été reconstitué par Jean-Daniel Jolly-Monge à partir de ces brouillons, pour paraître cinquante ans plus tard aux éditions du Temps qu’il fait en 1993, accompagnés de photographies de Luc Dietrich.

Les 16 premiers feuillets sont contenus dans une enveloppe portant cette note autographe de Luc Dietrich: « Manuscrits Thèmes végétaux recopiés au propre ». L’ensemble dans une chemise de papier cartonné datée et titrée à l’encre noire par Dietrich: « Thèmes végétaux (copie manuscrite au net) 1943 » et annotée d’un sommaire autographe par l’auteur. Certains des poèmes ont été publiés dans « L’Injuste Grandeur » ou « Le Livre des rêves » aux Éditions Denoël en 1951 (Les derniers jours de l’automne; L’ombre tourne toujours…) ou encore dans la revue L’Esprit des lettres n°6 de 1955 (Les deux arbres morts, L’eau vivante…). Les 34 feuillets suivants sont constitués des pièces marginales aux « Emblème végétaux », considérés comme les derniers poèmes de l’auteur (L’abîme, Intimité végétale, La construction d’une force…). Ils sont publiés dans le volume « Poésies de Luc Dietrich » paru aux Editions du Rocher en 1996. De nombreux passages sont inédits. «Et l’arbre aussi est venu: pont vivant entre l’eau sans mémoire et l’air sans consistance. Et voilà que pour un instant tout demeure centré sur la fragilité d’une boule de feuillage. Ils sont venus serrés comme des dards de l’herbe, comme les mille vies de ce pré toujours vert, ils sont venus pressés comme graine nouvelle, ils sont venus collés comme laitance fraîche, ils sont venus mourir comme bulle en surface: les hommes.»

On a joint 12 photographies de Luc Dietrich du cycle des « Emblèmes végétaux » de différents formats (16,5 x 16,5 cm à 24 x 16,5 cm), tirages argentiques postérieurs, reproduits dans l’édition des « Emblèmes végétaux».

On joint également une lettre autographe signée de Dietrich à Lanza Del Vasto (une page in-8), relative aux « Thèmes végétaux »: … «Je te parlerai des «Thèmes» au retour. J’ai ajouté de bons éléments, je crois. Il me faudra ta pression pour rejaillir encore tant je manque d’entrain pour le geste gratuit d’écrire. En ce moment, j’écris des notes, des lettres de «travail», des constatations, etc. Pourtant je les aime ces «Thèmes», j’aime surtout ceux où se nichent une grande et terrible pensée (qui n’est pas la mienne) dans une forme qui «va de soi», comme tu dis.» Éclairant et magnifique ensemble.‎

Rédigé par la librairie Vignes (quartier Latin) qui détient ce précieux document. Librairie Henri Vignes, 57 Rue Saint-Jacques, 75005 Paris

Article trouvé sur : Referência : 55593 Buscar – thèmes végétaux – Livre Rare Book Luc DIETRICH.

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Un portrait émouvant de Luc Dietrich écrit par Michel Random (Revue L’esprit des lettres, novembre-décembre 1955)

   

                                     

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Ci-dessous, photographie de René Daumal (peu de temps avant sa mort), prise par Luc Dietrich.

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Lanza del Vasto et René Daumal : souvenirs audios de leur amitié

Les Nuits de France Culture ont récemment rediffusé une émission de Michel Random, diffusée pour la première fois en mars 1968 : « La recherche d’une certitude. Portrait de René Daumal ». On y entend la voix grave de Lanza del Vasto, évoquant son ami disparu en 1944.

Poète, indianiste, chercheur de vérité, passionné de connaissance spirituelle et d’expériences intérieures, René Daumal a été proche de Lanza del Vasto pendant la guerre. À Allauch près de Marseille, où ils étaient voisins, les deux hommes ont beaucoup échangé sur leurs quêtes respectives, plus nocturne chez l’un, plus lumineuse chez l’autre. Mais tous deux convenaient que ce monde intérieur n’est pas inaccessible : « La porte de l’invisible doit être visible », écrit Daumal dans Le Mont Analogue.

L’émission retrace le parcours singulier et douloureux de cet auteur hanté par l’inquiétude de l’au-delà. Nous en avons extrait deux passages significatifs.

  • Le premier montre combien René Daumal se faisait une haute idée de la connaissance comme acte total, engageant tout son être. Lanza del Vasto rappelle à ce sujet que Daumal avait étudié le sanscrit et qu’ils partageaient des projets de traduction :
Lanza del Vasto et René Daumal souvenirs audios de leur amitié – Lanza del Vasto     
Lanza del Vasto et René Daumal souvenirs audios de leur amitié – Lanza del Vasto     
  • Le second rend hommage à la générosité de Daumal, son attention aux autres, son amour pour Véra et sa conversion au christianisme sous l’influence de Lanza del Vasto. Ce dernier évoque aussi la figure trouble de Gurdjieff, par qui le couple fut influencé :

L’émission entière peut être réécoutée pendant quelques mois sur le site de France Culture.

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