Le Jardin aux trois secrets

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À propos de ce livre d’artiste, par l’auteur:

LE JARDIN AUX TROIS SECRETS

« J’ai vu un jour, dans La Quinzaine littéraire, une photographie de Thomas Bernhard enfant, un enfant dans la force de la vie, de l’insolence et de l’invincibilité de la vie. La nuit suivante, j’ai fait ce rêve, un rêve très narratif et très visuel, avec des images très précises que j’ai tenté de transmettre dans les mots. Il est donc difficile de me sentir l’auteur d’un texte qui m’a été dicté par le visage d’un enfant que je n’ai pas connu et où, pourtant, j’ai reconnu ma propre enfance, toute aussi inconnue. »

Jean Pierre Vidal

*

À propos des gravures de ce livre d’artiste, par Marie Alloy:

Graver la végétation du rêve

J’ai tenu, dès le départ, à ne retenir que l’idée de jardin pour accompagner ce beau poème de Jean Pierre Vidal, afin de préserver ses secrets. J’ai, peu à peu, orienté mes recherches gravées, vers un monde végétal mental, ne souhaitant ni créer un paysage ni une sorte de décor qui empêcherait le rêve de circuler entre les pages. J’ai cherché, en m’aidant de la technique du vernis mou, à composer avec des empreintes de végétaux ramassés dans le jardin, utilisant leurs dessins pour prolonger les miens et les baignant dans l’ombre et la lumière de l’aquatinte. J’ai obtenu quelque chose de l’ordre de l’herbier sauvage, tout en délicatesse, que les herbes soient fines ou les feuillages touffus.

La gravure restitue ce qui s’imprime en se dérobant à la prise du réel, elle rend visible l’empreinte avec, comme un voile lointain, une mise hors de portée. Ici j’ai pensé à la végétation d’un rêve, avec sa part d’inquiétude et la simplicité de l’enfance. J’ai recherché un équilibre, toujours sur le seuil du rêve, entre les trois temps du poème et leurs correspondances avec les gravures, pour faire résonner entre eux un sentiment d’étrangeté douce et familière.

Le jeu délicat et fragile des empreintes fait ressortir la lumière du papier et unifie ici la typographie et les estampes. Le trait végétal prend parfois une teneur irréelle, laissant le regard glisser entre les mots et les empreintes gravées. Le temps semble suspendu dans ce livre, lové dans une matière cendreuse mais précise. Les infimes détails d’une herbe ou de petites feuilles recroquevillées, miniaturisées, dessinent une sorte de dérive légère et libre.

C’est, au fil des temps du poème, l’intimité silencieuse des feuillages qui transparaît, puis la douceur de ce calme s’envole tout à coup, se rompt. Après être passées par la blancheur d’une chapelle vide, les plantes sèches et volatiles retombent en tournoyant sur le sol de la page pour s’y recueillir avec la dernière strophe du poème.

Le temps du graveur se divise en étapes, en états. Le graveur fait confiance aux processus de l’acide, de la corrosion du métal et ses aléas, aux textures du papier pour que les herbes et diverses plantes, pressées sous les cylindres puis mordues à l’eau forte, retrouvent une seconde vie, entre noir et blanc. Le papier humide accueille leurs empreintes sans résistance, et ici même, avec tendresse, conservant la caresse secrète du poème, comme sa folie souveraine. Les feuilles et herbes séchées, rétractées, s’ancrent dans la plaque de métal, constituant, au fur et à mesure des états, un palimpseste où la mémoire, incrustée dans le papier, suggère les restes du rêve. Le gris des plantes gravées, encrées, puis imprimées, rappelle celui de la cendre, en une doublure d’ombre.

Partage du rêve, accompagnement sensible dans le livre. Je ressens le secret de ce poème dans la délicatesse de l’amour qui l’écrit, où le désir, en filigrane, est mu par des mouvements profonds. Quelque chose de mystérieux naît puis s’efface tout à coup comme le visage de l’enfance. J’ai tenté de graver la pureté fragile de l’élan amoureux puis de faire ressentir la fuite, la honte devant l’appel du désir, par les changements de ton des empreintes végétales. Pour que ce rêve se poursuive, comme l’enfance, Jean Pierre Vidal a dédié ce livre à son petit-fils.

Marie Alloy, septembre 2015

 

L’Atelier Moret en pleine action !

Mars 2015, je découvre l’atelier Moret, pour le tirage de deux gravures et leur aciérage.

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Daniel Moret au travail DSC07782

DSC07787 DSC07789 DSC07793 DSC07800 DSC07801 DSC07806 DSC07814 DSC07815 copie Face à face Daniel Moret et Maxime Préaud DSC07818 DSC07819

Marie Alloy venue ici pour le Prix Jeanne Champillou, offert par les Ateliers Moret, à l’occasion du Salon des Artistes Orléanais.

 

  • Les ateliers Moret est une imprimerie en taille-douce, impression de gravure en creux.
    L’atelier est constitué de 4 imprimeurs : Daniel Moret, Didier Manonviller, Matthieu Perramant (artiste graveur) et Thomas Fouque (artiste graveur).

 

Atelier Moret : 8 rue Saint Victor , Téléphone et Fax : 01.43.26.51, Les Ateliers MORET Acièrage MANONVILLER D.MORET D.MANONVILLER

L’Atelier Vincent Auger

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Je réalise mes livres d’artiste à l’atelier Vincent Auger, avec l’assistance de Jean-Claude Auger.DSC07824 DSC07825 DSC07827 DSC07831 DSC07834 DSC07836  C’est un lieu où l’on se sent bien et qui vaut le détour , pour les artistes comme pour les amateurs d’estampes et de beaux livres !

L’Atelier Vincent Auger (cliquer sur le lien) réalise :

  • La fonte de caractères
  • La composition typographique manuelle
  • La gravure sur bois et cuivre
  • L’estampe
    (taille d’épargne bois et lino, taille-douce, lithographie)
  • L’impression traditionnelle
    (typographie et relief, taille-douce, lithographie)
  • La fabrication de livres d’artistes
  • Des éditions à tirages limités

39 Rue Louise Weiss, 75013 Paris
01 45 86 98 57

 

 

Livre d’artiste ou livre de bibliophilie contemporaine ?

CICLIC est un organisme qui soutient les auteurs et artistes dans les domaines du livre et de l’image. Au questionnaire  envoyé aux éditeurs de livres d’artistes de la Région Centre, voici quelques unes de mes réponses:
  1. Pour vous que désigne le terme de bibliophilie contemporaine ? Est-il synonyme de livre d’artiste ? Ce terme convient-il à votre activité ?

Non, à mon sens, ces deux dénominations ne sont pas synonymes même si elles se recoupent, comme c’est le cas dans mon travail.

  • BIBLIOPHILIE :

Le terme de bibliophilie contemporaine fait référence à une tradition du « beau livre », développée principalement dès la 1ère moitié du XXème siècle grâce à l’initiative d’éditeurs qui ont su orchestrer magistralement dans des ouvrages d’exception la rencontre entre des poètes et des peintres. Bien avant eux, on parlait plutôt de livre illustré, (par exemple pour Manet et Mallarmé et bien d’autres). Ces ouvrages de bibliophilie, à tirage limité, étaient imprimés en typographie au plomb par des imprimeurs chevronnés (atelier Mourlot par exemple) et accompagnés d’œuvres originales d’artistes de renom, créées en lithographie ou à l’eau-forte ou toute autre technique (imprimées par ex. chez Lacourière et Frélaut) sur des papiers pur chiffon et signées à la main par l’artiste et le poète.

Ainsi l’éditeur Albert Skira (avec Picasso, Dali, Derain, Matisse, Masson et des auteurs comme Ovide, Virgile, Rabelais, Ronsard, Mallarmé, Malraux…), les éditions d’Aimé Maeght, (avec Kafka /Atlan, Tzara / Miro, Bonnefoy / Ubac, Reverdy / Braque, Calder / Prévert…), les éditions d’Iliazd, (André Frénaud, André du Bouchet, avec Giacometti, Max Ernst, Picasso…), les éditions de Tériade, (Théocrite, Gogol, Charles d’Orléans, Shakespeare, Jarry, La Fontaine et Chagall, Miro, Léger, Matisse…), les éditions de Pierre Lecuire (avec Nicolas de Staël, Lanskoy…), les éditions Louis Broder (Claudel, René Char, Crevel, Desnos, Apollinaire, Braque, Léger, Picasso, Arp…), ou encore Pierre André Benoit – la liste est longue et impressionnante et se poursuit bien sûr encore plus riche et variée de nos jours !

Sans prétendre faire ici un historique exhaustif, il est important de remettre dans son contexte l’apparition de ce double moyen de mise en valeur mutuelle de l’œuvre de peintres et de poètes. Cependant ces ouvrages de bibliophilie de haute qualité n’auraient pas pu être réalisés uniquement par les artistes eux-mêmes. Ils ont pu être édités grâce à l’aide financière de marchands de tableaux et diverses entreprises de mécénat. Aujourd’hui, ce sont des sociétés bibliophiliques et des associations qui poursuivent cette tradition en récoltant les fonds de leurs membres et mécènes collectionneurs, tout en sollicitant la collaboration d’artistes et poètes pour créer des éditions dont la rareté et la qualité seront les garants de leur valeur esthétique autant que marchande.

Mon travail artistique, aux éditions Le Silence qui roule, ne se situe aucunement dans ce dernier contexte car je n’ai pas fondé de structure associative, et je suis seule responsable de mon projet éditorial. Il est cependant assimilable à la bibliophilie contemporaine par mon souci de créer des livres de grande qualité. Il reste qu’il est nécessaire de prendre conscience de l’évolution de cette notion qui s’est progressivement diversifiée depuis la seconde moitié du XXème siècle jusqu’à nos jours jusqu’à prendre des formes et objectifs multiples pour des publics très différents.

  • LIVRE D’ARTISTE

J’entends par « livre d’artiste », un travail de création du livre lui-même en tant qu’objet poétique, intégrant dans sa conception l’œuvre graphique ou plastique d’un artiste (ou parfois plusieurs), celui-ci pouvant être à la fois l’architecte du livre et l’auteur des œuvres visuelles (de toutes techniques) qui l’animent. C’est une notion beaucoup plus libre et plus souple que celle de bibliophilie contemporaine qui n’implique d’ailleurs pas nécessairement la présence de la poésie écrite. Ce peut être simplement le livre d’un artiste (avec ses écrits, photos, notes, sur des papiers ordinaires… etc.) comme on le voit dans les collections de livres d’artistes (conceptuels par ex.) qui sont de plus en plus recherchées à l’heure du tout numérique et du brouillage des repères artistiques. Il n’y a aucune norme pour définir le livre d’artiste, puisque c’est sa singularité même qui retient l’attention et lui donne sens, par son engagement dans les courants artistiques de référence ou, au contraire, par sa marginalité.

Mon travail tient donc à la fois du livre de bibliophilie et du livre d’artiste.

En effet ma recherche d’artiste peintre-graveur a besoin du rapport à l’autre pour développer son expression et le livre permet cette ouverture, ce renouvellement, en se mettant à l’écoute de la poésie et en la servant. Je cherche des correspondances, des échos, des rythmes, des images allusives, pour qu’un dialogue vivant et authentique s’instaure entre les estampes et le poème. De plus les livres que je crée et réalise emploient la plupart du temps les moyens traditionnels d’impression (typographie au plomb par un professionnel, Jean-Jacques Sergent, puis Vincent Auger), mise en page relativement classique, employant des papiers pur chiffon, et toute une mise en œuvre matérielle et artisanale pour déployer le poème et l’estampe au meilleur d’eux-mêmes, pour les magnifier en quelque sorte et leur apporter de nouvelles dimensions interprétatives par cette unique création à deux voix.

Du fait que, jusqu’à présent, je suis la seule artiste peintre-graveur de ma maison d’édition, je réalise donc des livres d’artiste au sens de livres d’un même artiste accompagnant un poète. Mon souci n’est jamais de faire un ouvrage luxueux, mais de trouver, dans un ensemble harmonieux, une justesse poétique qui permette de rassembler le temps de la lecture et celui du regard, d’ « entrer en connivence » dirait Pierre Dhainaut. Enfin je m’occupe entièrement du tirage des gravures et du montage du livre. Je suis donc également l’artisan du livre.

Rendre une visibilité à la poésie, mêler les territoires de la poésie et de l’art, entrecroiser les voix et les regards, les proposer au public, témoigner par ce partage amical d’une reconnaissance et d’une compréhension mutuelle, voilà ce que la poésie et la création artistique peuvent atteindre, non pour satisfaire un désir d’hommage mutuel mais pour toucher quelque chose de vraiment profond, comme un point de rencontre essentiel entre deux personnalités différentes. Cette manière de donner la réplique au poème n’est pas nécessairement l’épouser, ce peut être aussi se confronter, créer une tension qui permettra le questionnement et la remise en question. Miro disait « C’est en allant le plus loin possible dans sa propre affirmation et sa propre écriture que l’artiste a une chance de rencontrer l’autre, l’écrivain venu d’ailleurs, d’ouvrir l’unité d’un espace à leur échange et leur accord ».

Ainsi le livre d’artiste de bibliophilie contemporaine (pour rassembler les deux notions) est-il, à mon sens, un espace de partage qui éveille l’esprit de curiosité, évite le repli sur soi. Il est, en fait, une manière poétique d’être présent au monde.

Quelques exemple de livres de bibliophilie contemporaine avec des poètes :

Voir sur mon site  : www.lesilencequiroule.com

Exemples de livres d’artiste : poème et gravures de Marie Alloy

« Ce vers quoi nous allons »

« Terre d’ombres brûlées »

  1. Comment choisissez-vous les auteurs de votre catalogue ?

Je suis, depuis très longtemps, lectrice de poésie, (et pas seulement contemporaine ni française bien sûr). Lorsque j’ai créé mes éditions, j’ai cherché à entrer en contact avec des poètes très différents, ne serait-ce que pour forger ma pratique du livre et de l’estampe. J’ai vite compris qu’il n’était pas pensable de brasser l’ensemble du paysage poétique actuel et que certaines orientations ne me correspondaient pas du tout. Imaginer des gravures en écho à certains poèmes m’est parfois impossible, même si l’œuvre poétique est forte. Aussi je travaille là où je sens une affinité possible avec mon travail d’artiste, peintre et graveur.

Lorsqu’une œuvre m’interpelle, j’écris à l’auteur via son éditeur. Il s’en suit souvent un échange de courrier qui va permettre une connaissance mutuelle et la possibilité d’un travail en commun. Je vais également chaque année au marché de la poésie à Paris où il y a beaucoup d’opportunités de rencontres, à des lectures en librairie ou médiathèques. Parfois des poètes me contactent et m’envoient des manuscrits mais la plupart du temps je préfère rester dans le fil de mes propres intuitions.

Il est difficile de définir l’orientation de mes choix poétiques car ils évoluent et se sont transformés au fil des années, rien n’est figé, et cette remarque concerne tout autant l’écriture des poètes. J’aime que le livre offre aussi une possibilité de questionnement mutuel, qu’il ne soit en tous cas jamais illustration. Je vais plutôt vers une poésie secrète, resserrée sur l’essentiel, qui traduit l’expérience humaine dans son intimité, ses joies comme ses souffrances, mais aussi par le regard qu’elle porte sur le monde et la nature qui l’entoure. J’ai besoin qu’un poème donne à voir et à penser, sans artifices, au plus près d’une parole de vérité, et qu’il tâtonne, se cherche dans une dimension à la fois personnelle et universelle.

Je suis éditeur car je contribue à porter au jour la première version d’un poème, inédit jusque-là et lui donne une existence tangible, une présence au monde, je le valide en quelque sorte. D’où l’importance d’avoir une grande exigence dans la lecture des manuscrits que je reçois et, sans les juger, de défendre les choix que je suis amenée à faire en fonction de ma sensibilité. Certains auteurs ne sont pas nécessairement très reconnus, mais la plupart ont déjà un parcours personnel significatif.

La plupart du temps les rencontres dans le livre se font sans programmation rigide; le travail s’enclenche à son rythme, parfois assez vite ou au contraire peut mettre plusieurs années avant de trouver sa forme. C’est aussi une manière de résister par la lenteur et la réflexion à la tentation de produire plus et plus vite qui nous menace tous, même dans une toute petite structure. Toujours chercher la qualité, la justesse et non la quantité. Il peut m’arriver de ne faire qu’un livre par an. Il est important pour un artiste de préserver sa liberté, d’écouter ses propres rythmes, pour que continuent de se féconder, désirs, imaginaire et imprévisible. Comprendre que l’écriture poétique n’est pas une réponse, qu’elle vient souvent pour creuser ce qui reste enfoui au plus obscur de chacun. Quand elle parvient à saisir, en un bref instant, une sensation fugace, un souvenir dans sa fragilité la plus intime, elle donne à partager une solitude, un tremblement des certitudes. Les gravures que je crée cherchent à accueillir cette fragilité, à la relier au monde et à la nature, et apporter peut-être une autre lumière.

Il m’est important aussi de suivre un auteur et de créer de nouveaux livres d’artiste quelques années plus tard avec lui car la connaissance intime donnée par cette recherche commune dans le livre permet d’approfondir la relation dans le livre et de rebondir sur de nouvelles possibilités de résonances. Ainsi par exemple, avec Guillevic, Pierre Dhainaut, Jean Pierre Vidal, Antoine Emaz…

PROJETS : Pour l’avenir j’envisage de différencier les livres que je crée, sortes de collections, cela pour donner plus de lisibilité des visées de mon travail d’artiste du livre.

Il y a (et il y aura bientôt) aux éditions Le Silence qui roule:

  • Livre de bibliophilie et poésie contemporaine, (dominante des éditions)avec peintures et/ou estampes de ma création, et tous les critères classiques : beau papier, typo au plomb, estampes originales, tirage limité à 30 exemplaires numérotés et signés, formats particuliers, reliure éventuelle, mise en page respectant la lisibilité du poème…
  • Les Cahiers du Silence : version numérique et économique, de petit format, permettant la diffusion du poème avec une ou deux reproductions de gravures et un tirage de tête. Actuellement 5 numéros parus.
  • Livre de bibliophilie et poésie d’auteurs du passé – et toujours peintures et/ou estampes de Marie Alloy; mêmes critères classiques de réalisation.
  • Le livre d’artiste personnel: poème et estampe ou peinture de ma création (texte peut être manuscrit). Plus grande liberté de conception. Coût plus économique. Nombre de tirages beaucoup plus limité.
  • Le livre d’estampes : livre d’artiste sans texte ou juste un en présentation, selon l’ancienne tradition des graveurs.
  • « Les duos du Silence », le livre duos d’artistes: livre d’artiste confrontant et unissant les créations de deux artistes contemporains (dont moi-même), autour d’un poème d’un auteur vivant ou passé.
  • “Les feuillets du Silence”, édition simple, tirée à 150 ex., d’un poème accompagné d’une peinture ou d’une gravure imprimés numériquement sur une feuille A4 pliée en 2. Tirage à part, limité à 10, du manuscrit autographe et d’une création plastique originale.
  1. Comment s’organise la diffusion et la vente de vos livres ? Quels salons privilégiez-vous ? Qui sont les acheteurs de vos ouvrages ?

La dernière étape concernant la diffusion, la communication, les rencontres, expositions et lectures qui vont permettre de faire connaître l’ouvrage, le donner à voir et à entendre, lui donner vie, est essentielle. Je présente mes livres sur des salons de poésie ou de livres d’artiste, le plus incontournable pour la bibliophilie contemporaine étant le Salon annuel Pages à Paris en fin d’année.

Pendant une quinzaine d’année, les bibliothèques et médiathèques des régions où vivent les poètes et surtout la Région Centre ont fait des acquisitions régulièrement, dont la Médiathèque d’Orléans qui a bien soutenu et honoré mon travail d’artiste du livre et le conserve dans ses collections du patrimoine. Mais depuis quelques années, les budgets de la culture ayant été sérieusement rabotés, les bibliothèques, à quelques rares exceptions près, ne peuvent plus faire ces acquisitions régulièrement. Elles le font parfois dans le cadre d’une exposition collective à visée pédagogique comme à Chamerolles par exemple l’année dernière avec la Bibliothèque départementale du Loiret.

Restent les amateurs passionnés de gravure et de poésie, les collectionneurs, qui achètent mes livres sur les salons spécialisés et suivent mon travail avec fidélité et enthousiasme. J’ai également une clientèle parmi les relieurs professionnels.

J’ai aussi longtemps déposé dans des librairies-galeries spécialisées mes livres d’artiste. Celles-ci ont fermé pour certaines et il est difficile de trouver actuellement de nouveaux lieux et partenaires éclairés dans le domaine du livre et de l’estampe mais aussi de la poésie contemporaine, du moins en France. Reste à inventer de nouvelles possibilités de montrer.

J’expose maintenant, depuis un an, mes livres d’artiste, parmi gravures et peintures, dans un lieu privé où j’organise des lectures-rencontres sur Orléans. Cela fait connaître les poèmes et les gravures du livre, cela permet l’échange et le dialogue : Cabinet des estampes de La Lionne, 17 rue de la Lionne, Orléans (visite sur rendez-vous : 0678460400)

Marie Alloy, mai 2015

 

Vient de paraître

CE VERS QUOI NOUS ALLONS, poème et gravures de Marie Alloy

DSC06225 copieTiré à six exemplaires numérotés et signés par l’auteur-artiste. Comportant des eaux fortes et aquatintes originales et un estampage en couverture, ces exemplaires se différencient selon qu’ils sont tirés sur vélin Johannot, BFK de Rives ou vélin Arches et par le nombre d’estampes originales : trois livres contiennent trois gravures, un livre est accompagné de quatre gravures et deux livres sont augmentés de cinq gravures contrecollées sur japon. Toutes ces gravures complémentaires sont des interprétations différentes faisant de chaque ouvrage un exemplaire unique. Écriture manuscrite de l’auteur. Impression typographique numérique réalisée par Marie Alloy sur sa presse taille douce. Achevé d’imprimer en novembre 2014.

Cliquer sur la photo pour la voir avec précision.

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LES ATELIERS MORET à Paris 5ème

Ayant obtenu en novembre le prix de gravure 2014 des ateliers Moret au salon des artistes Orléanais,Marie Alloy se prépare donc à faire aciérer une de ses plaques de cuivre et à participer à un tirage avec toute l’équipe.

Ci-dessous présentation via un article extrait de la revue Matrice. Tous droits leurs sont réservés, texte et photos.

Les Ateliers Moret

Les Ateliers Moret, imprimeur d’estampes en taille-douce, sont situés rue Saint Victor, dans le cinquième arrondissement de Paris.

Historique
“André Moret, ancien ouvrier Taille-doucier des ateliers Robbe et Leblanc crée son propre atelier en 1947. A son décès, survenu en 1967, André Moret laisse un atelier prospère grâce à sa technicité et surtout à l’ambiance conviviale qu’il a su créer entre les artisans qui y travaillent et d’autre part entre les artisans et les graveurs. Son épouse Jeanne reprend la direction puis son fils Daniel qui, avec Didier Manonviller et J-P Boucher crée en 1990, “les Ateliers Moret”. En 1992, les Ateliers Moret se sont adjoint une unité d’aciérage. En mai 2000, J.P Boucher quitte les ateliers pour s’installer en province.”

“L’imprimerie en taille-douce regroupe toutes les techniques de gravure en creux : pointe sèche, burin, manière noire, aquatinte, eau-forte et etc …
Les origines de ce métier sont attribuées aux orfèvres des 13e et 14e siècle qui, pour garder un modèle de leurs travaux, eurent l’idée d’appliquer par pression un papier sur le métal gravé. Les presses suivirent, d’abord en bois, puis en fonte… Aujourd’hui, l’électricité a remplacé la roue, seule évolution notable du métier qui pour l’essentiel est resté identique.
Lorsqu’aux siècles précédents, certains graveurs n’effectuaient que des gravures non originales, leurs imagination n’était pas sollicitée puisqu’ils ne devaient que reproduire, le plus fidèlement possible, des dessins effectués par d’autres. Il en était de même pour leurs imprimeurs qui étaient considérés comme de simples artisans.
Actuellement un graveur qui crée des gravures originales, se hisse au niveau d’un artiste et son imprimeur est également amené à dépasser son métier par ses créations techniques : il devient un artisan d’art.”

“Toujours en accord avec le graveur, le taille-doucier intervient à différents niveaux :

Tout d’abord dans le choix du papier :
selon sa texture, au grain plus ou moins gros, il est choisi en fonction de la finesse de la taille de la gravure et de sa couleur, du blanc au crème, en fonction de l’ambiance de la gravure.

Puis dans le choix de l’encre : selon sa texture, une encre plus grasse donnera plus de velouté, une encre plus sèche accentuera les contrastes ; selonsa couleur, les noirs donnent le meilleur rendu, mais peuvent être nuancés en noirs chauds bistres ou en noirs bleutés suivant l’ambiance désirée par l’artiste.

Puis dans la manière d’essuyer la plaque de métal :
lorsque celle-ci est encrée, elle est ensuite essuyée par la paume de la main de l’imprimeur. Ce paumage de la surface imprimante peut être plus ou moins prononcé à certains endroits de la gravure, de façon à donner inversement plus ou moins de force au trait. Un retroussage peut en outre être employé, il consiste à faire remonter l’encre du fond de la taille vers les bords latéraux par un essuyage léger, souple et précis qui renforcera certaines tailles.

Enfin dans la manière d’aciérer la plaque de cuivre :
il s’agit d’un dépôt d’acier par électrolyse. Ceci a pour avantage de durcir le cuivre imprimant qui permet d’effectuer plusieurs tirages sans user la gravure et d’obtenir des couleurs sans oxydation du cuivre.”

“Nos travaux vont de l’imagerie à l’estampe originale signée et numérotée.
Notre profession souffre actuellement d’une méconnaissance du public pour qui, il est vrai, la distinction des différentes techniques d’impressions reste difficile à saisir. L’impression en taille-douce étant une affaire de gens de métier et de plus une technique trés démonstrative, nous n’hésitons pas à ouvrir la porte de notre atelier aux visiteurs ainsi qu’à participer à de nombreux salons d’art afin de montrer notre travail au public et faire participer les enfants à découvrir le métier et la technique formidable qu’est la gravure.”

J.P. Boucher
Sur les images, Daniel Moret, Didier Manonviller, Thomas Fouque et Daphné.
Les Ateliers Moret – Aciérage Manonviller
8 rue Saint Victor
75005 Paris
01 43 26 51 67
http://lesateliersmoret.free.fr

Qui est Jeanne Champillou ?

Marie Alloy, en ce début novembre 2014, vient de recevoir à Orléans pour ses estampes exposées au Salon des Artistes Orléanais le prix de gravure Jeanne Champillou, il est donc légitime d’évoquer ici le parcours de cette artiste si attentive au monde rural du Loiret afin d’aider à la faire connaître. Une association Le Clos de Joye-Jeanne Champillou se charge de préserver et diffuser son œuvre.

Article extrait de wikipedia:

Jeanne Champillou

Jeanne Champillou est une artiste française autodidacte, peintre, graveur et céramiste, née à Saint-Jean-le-Blanc dans le Loiret, le 4 avril 1897, et morte à Orléans, le 22 mai 1978.

D’une famille de vignerons de l’Orléanais, du côté paternel, et d’artisans menuisiers tourangeaux, du côté maternel, Jeanne Champillou s’intéresse au dessin dès son enfance. Bonne musicienne, elle apprend le piano dans une pension tenue par des religieuses, puis à l’École de musique d’Orléans (l’actuel conservatoire). Ainsi pourra-t-elle vivre de leçons particulières de piano données à son domicile.

En 1916, elle est initiée à la gravure par Kralicek, un artiste d’origine tchèque blessé de guerre et, dans les années suivantes, elle se perfectionne avec un graveur solognot domicilié à Jouy-le-Potier, Maurice Bastide du Lude, qui lui apprend la technique de l’eau-forte dans son atelier au château du Lude en Sologne et met sa presse à sa disposition. Pendant les années 19201930, elle parcourt à bicyclette les campagnes orléanaises, réalisant des portraits de paysans et des scènes de moisson ou de vendange. Elle expose régulièrement à Orléans et gravera, au cours de sa vie, plus de 400 planches.

En 1947, elle se lance dans la céramique, à laquelle elle consacre désormais l’essentiel de son temps. Néanmoins, elle décore également des chapelles ou églises orléanaises (chapelle des Blossières, Notre-Dame-des-Miracles et Saint-Paul). Elle est l’auteur d’une céramique représentant Jeanne d’Arc dans l’église Saint-Étienne de Jargeau.

La plupart des œuvres de Jeanne Champillou sont conservées à Orléans. Certaines, cependant, appartiennent à des musées de Paris, Chartres et Milan.

Sources

  • Jeanne Champillou. L’œuvre gravé. Le Clos de Joye-Jeanne Champillou, s. l. [Orléans], 1994
  • Jeanne-Champillou et son atelier

    Françoise Jouanneaux, « Jeanne Champillou », Parcours du patrimoine, 2012 ( extraits du journal de Jeanne Champillou en ligne, document de témoignage exceptionnel

 

Mes techniques de l’estampe

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Aspects techniques

Ma contribution à l’estampe se répartit pour l’essentiel entre l’eau-forte (avec l’aquatinte au sucre) et les techniques comme le vernis mou, la pointe sèche, la gravure au carborundum, le gaufrage, la xylographie,les monotypes, plus rarement le burin et la lithographie.
Je suis totalement autonome car je réalise mes estampes sans en passer par un atelier spécialisé pour le tirage et l’édition. Je suis donc à la fois l’artiste et l’imprimeur, avec ma propre presse, encres et papiers pur chiffon (vélin d’Arches, vélin de Rives, Moulin du Gué, Hahnemühle, divers chine et japon).

Pour les gravures de grand format, j’utilise du zinc de toiture, assez souple et plus économique. Sa surface est brute, je dois donc la préparer, la polir avant toute intervention. Cette matière me donne des gris uniques, chauds, sensuels. J’utilise aussi le cuivre, plus exigeant, dans ce cas mordu au perchlorure. Le rendu est très différent mais je garde une préférence pour le zinc, moins précieux que le cuivre que je réserve pour les travaux
demandant plus de finesse dans le trait et de délicatesse dans les nuances.

La taille-douce et l’eau-forte.

Mes premières gravures à l’eau-forte ont été linéaires et plutôt abstraites. Très vite j’ai eu besoin de surfaces pour jouer avec les valeurs de gris dans la profondeur, je me suis alors tournée vers l’aquatinte.
Je combine souvent l’action de l’acide nitrique avec l’aquatinte, le travail en réserve avec les différents vernis. Ou encore je brosse, au pinceau d’encre de chine saturée de sucre, le dessin général qui sera ensuite mordu et retravaillé en de multiples étapes pour obtenir des nuances, des criblés, des matières aux granulations variées, selon le saupoudrage de la
résine d’aquatinte et sa fixation à la flamme du chalumeau. En effet, la plaque étant chauffée, le grain adhère au métal en constituant une sorte de trame plus ou moins fine ou grossière qui permettra à l’acide de se faufiler entre les grains. Le geste puissant ou d’une
grande délicatesse, l’accueil de l’accident, tout cela favorise l’exercice de la patience et l’énergie de l’impulsion.

L’aquatinte au sucre.

Je faisais, et fais toujours, au fil des promenades, des photographies d’arbres, ronces, graminées, plantes en bordure d’étang ou de Loire, c’est une imprégnation quotidienne. Ma gravure vit aussi au rythme de ces saisons végétales. Le geste épouse la poussée des ronces et des broussailles, et l’aquatinte en réserve traduit les infinies vibrations du clair-obscur à
travers les branches. Avec le sirop de sucre et d’encre de chine, je fais comme de la peinture en gravure. Sans employer « le métier classique » ni apprendre de nouvelles techniques plus fastidieuses comme par exemple la manière noire, je veille à graver en préservant, au coeur même des étapes de la gravure, ma liberté de peintre.
Dans la série dite « aquatintes négatives », réalisée en 1997-98, le dessin venait grainer l’aquatinte de réseaux blancs, et j’obtenais comme une radiographie de l’impression reçue en observant la nature. Puis en grattant l’aquatinte, je parvenais à faire sourdre des lumières dans l’obscur que je rehaussais de griffes à la pointe sèche. J’obtenais une profondeur dans l’estampe qui résonnait comme une image mentale du monde végétal.

Le vernis mou, la xylographie, la lithographie et d’autres encore.

J’aime aussi utiliser le vernis mou pour réaliser des empreintes de matières, surtout végétales. Ensuite je les retravaille pour ne pas en rester aux apparences et pour que ces empreintes se transforment en une sorte de seconde réalité, support de rêve ou de méditation. J’utilise aussi le vernis mou avec la technique du dessin sur papier appliqué qui donne un effet de crayonné au fusain, très doux et très spontané.
Pour la xylographie, j’emploie des bois courants avec une légère texture, que je creuse à la gouge, puis j’essaie de rehausser cette matière fibreuse en imprimant les plaques de bois comme des eaux fortes, en jouant sur l’essuyage, et non comme Munch par exemple, en encrant de noir les surfaces et en laissant les creux blancs. Je préfère inverser ce
processus.

Pour la lithographie, j’ai fait quelques ensembles dessinés au rayon lithographique sur pierre. J’ai appris les bases lors d’un stage à l’atelier de Jörge de Souza à Paris. Depuis j’ai fait l’acquisition d’une presse et de quelques pierres, mais la gravure en creux garde jusqu’à maintenant ma préférence. Toutefois, je reste admirative devant les extraordinaires
lithographies polychromes d’Estève et je pressens qu’il y a là une voie féconde de travail possible.
J’ai également beaucoup pratiqué les papiers de chine teintés ou peints pour les appliquer sous l’estampe lors du tirage, manière détournée de concilier peinture et gravure, technique à plat et en creux. Cela donne une force surprenante à l’estampe.
J’ai réalisé des gravures en pyrogravure sur plexi, des linogravures et plus rarement des clichés photopolymères. La photogravure m’attire et je pense qu’il doit être possible de réunir ma pratique de photographe avec celle du graveur, en particulier dans l’espace du livre.

La gravure au carborundum

Dans mes débuts en gravure, j’ai beaucoup testé la gravure au carborundum, (par exemple, l’ensemble intitulé « Bassin houiller », 1989) d’abord en jouant sur l’épaisseur des grains de silice puis en travaillant la matière des empâtements avec diverses résines synthétiques. Il m’est d’ailleurs arrivé de percer mes langes par trop de volume sur la plaque !
Mais en parvenant peu à peu à contrôler cet apport de relief en opposition aux dessins en creux, j’ai pu obtenir une sorte de 3ème dimension dans l’estampe qui lui donnait une force étonnante.

J’ai ainsi réalisé des gravures abstraites pour, par exemple, un livre avec Jean-Patrice Courtois « Noir proche » où cette technique correspondait parfaitement à la force structurée et tranchante de ses poèmes. C’est pourquoi le choix technique est une sorte de caisse de résonance, de révélateur de l’impact du poème. Cette technique m’a incitée à travailler l’encrage et l’essuyage des creux et des reliefs en faisant vibrer le relief des noirs contre le gris des ombres reportées sur la lumière du papier.

Le monotype

Cette autre technique directe, le monotype, m’est apparue comme une sorte de moyen intermédiaire entre l’estampe et la peinture, alliant la rapidité du geste et la sensualité des noirs (ou des couleurs) à l’empreinte. L’impression y est délicate et unique, puisqu’on ne peut refaire le même dessin sinon en se basant sur le voile d’encre qui subsiste
sur la plaque après le 1er tirage. Avec l’encre directement appliquée sur la plaque, j’essaie de peindre en dégageant au chiffon ou à la brosse des nuances, en effaçant ou en traçant des lignes en réserve. Ensuite je pose une feuille de papier légèrement humidifié, puis la passe sous la presse taille douce afin d’obtenir un transfert régulier du dessin-peinture sur la feuille. Toutes ces techniques de transfert réinventent la spontanéité du geste tracé à l’envers.
J’ai travaillé en 2000 un ensemble de monotypes sur le corps féminin, accompagné d’un texte de Jean Pierre Vidal, puis fait des monotypes de végétaux, paysages pour des livres d’autres éditeurs… Le fait qu’il y ait transfert direct du dessin de la plaque à la feuille avec des marges d’erreurs dues à l’emploi de la térébenthine ou divers outils induit une possible défiguration qui démonte tout effet de maîtrise en laissant agir le potentiel allusif des formes ainsi transférées. J’aime cette imperfection qui, guidée par l’expérience, permet à l’imprévu de se manifester et d’être accueilli ou effacé en un seul coup de chiffon selon le
résultat.

Pour la petite histoire…

L’amour de la gravure vient sans doute de mon enfance. Dans les
maisons familiales, il y avait beaucoup d’estampes accrochées aux murs.
Elles étaient assez hétéroclites, originales ou reproduites, des scènes de
guerre, représentations religieuses, paysages de campagne, mais elles se
sont gravées dans mon imaginaire d’enfant à force de les côtoyer. J’avais
également un grand oncle qui collectionnait des gravures et m’a permis
de les prendre en mains, de les observer de près, avec passion. J’étais
fascinée, dans cette proximité intime avec le travail du graveur, par la
richesse des détails et la force du clair-obscur. J’ai éprouvé pour elles plus
que de l’admiration, le sens du sacré.
Je me suis initiée à la gravure à partir de 1970, un an, à l’école
des Beaux-Arts de Lille. Mais j’ai surtout travaillé intensément la gravure
en solitaire de 1988 à 2000. Depuis, je continue à graver soit à destination
du livre d’artiste soit de manière autonome mais en alternance avec la
peinture qui a repris toute sa place et ses forces.
J’avais acquis une presse Ledeuil en 1978 qui m’avait permis de
faire des petits formats, burins et carborundum. Mais l’événement en
1991 fut l’acquisition d’une presse taille douce hollandaise Polymétal,
avec un plateau d’1m x 2m, avec laquelle je me suis totalement engagée
en gravure.
Mon atelier était situé devant un étang, entouré de grands arbres,
en retrait de l’agitation urbaine. Cette nature sauvage dans laquelle j’étais
immergée me libérait d’une formation universitaire en Arts Plastiques
oppressante par ses excès de théorisation de l’art, postures politiques,
concepts, dictats anti-art, prétentions avant-gardistes. Ce lieu me rendait,
avec intensité et innocence, la beauté de la vie rurale. Je pouvais enfin
commencer à établir un rapport de vérité au cœur de mon travail.
La gravure m’y a aidée.