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DEUX EXTRAITS :
Nous irons où la crue chaque année mène ses vases et laisse éventées les eaux immobiles. La Loire, cette couleuvre à qui la lenteur profite a porté sa douceur loin dans les sables. La tiédeur et l’ennui favorisent ses avances. Elle dénoue au pied des saules ses nœuds de silex et de dunes anciennes, l’emphase des terres à blé. Ce qui va avec elle emportant la pente n’attend rien des œuvres pérennes que tolèrent ses rives, ni du ciel argenté qui la franchit, lui laissant fonds et clartés.
Ce n’est plus le chemin
Même si sous les doigts des saules
La veine d’eau vive désaltère encore la nuit
D’autres ont parlé sont morts
De hauts arbres de fer saignent sur le ciel
Voulant y perdre pied enfants
Nous accrochions aux mots le monde par les choses
Porte de bois massif jouets galets de rivière
Le lavoir et la route miroitante d’étoiles
Ce n’est plus le chemin
Peindre a refermé le ciel sur la friche des ronces
La crue qui sans répit lave et salit la terre emporte les vivants




