Peintures

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PEINDRE est toujours une découverte

“Ma” peinture est un journal continu de tâtonnements, d’approches gestuelles et de regards, de saisons intérieures, échos d’une mémoire autant visuelle qu’affective. Peindre ne se programme pas, ne se commande pas – d’où cette apparente variabilité de mon travail, ces écarts d’un tableau à l’autre, qui témoignent, comme mes poèmes, des mouvements d’une quête inlassable pour unifier les contradictions, rendre la vie à ses traces … Peindre n’est pas non plus improvisation, ni fulgurance – tout est médité  du bout du pinceau, entre le regard et les couleurs ; lentement le sens du tableau infuse et se dévoile, sans jamais s’énoncer ni se réduire à ce qu’il montre.

Peindre est un acte poétique où je découvre combien je suis profondément attachée à la nature, aux arbres, herbes et lieux traversés quotidiennement. Lorsque je peins, je retrouve leur empreinte sur la toile. C’est une imprégnation qui ressurgit là où le paysage végétal rejoint le lieu pictural.                                                                                                      Mais peindre recouvre aussi une réalité toute autre, intime et pourtant universelle. Peindre est poursuivre un itinéraire imprévisible, une manière de chercher un lieu personnel, nourri par l’histoire picturale, mais cherchant en même temps à s’en émanciper.  Aussi il ne s’agit jamais de peindre à partir d’un “thème” car ce sont la terre, les étangs, branches, ronces, qui vont à ma rencontre, et bien d’autres souvenirs du monde vécu, dont je tire des peintures allusives, presque abstraites. 

Je cherche à atteindre, par-delà les couleurs, une qualité de lumière et de vision. Traverser les apparences, tout en restant intimement liée au réel, la toile, les pigments, l’empreinte concrète. La réalité s’est inscrite, gravée même, dans ma mémoire comme un humus, un réservoir de formes, un vivier de possibles.

 Creuser l’écran du tableau pour que s’y conjuguent des forces souterraines, des incendies intérieurs, des forêts de secrets, des reflets de ciel, de boue, d’éclats de neige. Mes gestes remuent feuillages et terres dans le lit d’un fleuve d’ombres peintes, de racines et de poussières. Il y a tout cela dans chaque tableau mais aussi tout autre chose, plus indicible – une façon d’explorer comme un envers secret de soi au contact du monde.

Comment traduire ces instants presque insaisissables comme la transparence verte d’un étang, le sang du soleil couchant, les cristaux de gel sur les rives de la Loire, le gris des lichens, le noir des ronces  sans pour autant les représenter ? Ils s’offrent en peinture, comme des poèmes qui invitent à la contemplation. Ils interrogent une part inconsciente du regard, sans autre programme que ce besoin de poursuivre en peinture le journal d’une vie. Que le tableau puisse habiter le monde à son tour… sans trop résider dans l’éphémère, ce serait une joie – puisque peindre est une façon paradoxale de lutter contre l’impermanence tout en acceptant les flux et reflux du temps.

L’œuvre peinte traverse le visible dont elle s’est en partie nourrie mais quelque chose  d’autre la rend vivante, l’imprévisible d’une vision naissante, un désir d’émerveillement, un besoin de beauté : “le mot “beauté”, je lui attache du sens, une raison d’être. Je sens même que je lui fais confiance, obstinément, pour un avenir dont je ne veux pas désespérer”, écrit Yves Bonnefoy dans “La beauté dès le premier jour”.                                                                                                                                                                                                          Sur la toile, quelque chose vibre et résiste, qui n’est ni récit ni voie imaginaire, ni “délectation” – qui touche peut-être ce point sensible où la vie même est en jeu.                Peindre est un travail grave et confiant qui travaille la texture du monde; c’est un questionnement infini qui partage la circulation du vivant – une escale d’espérance.

                              ©   Marie Alloy


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