La main, la feuille, la gravure et le livre – à Luc Dietrich

Depuis de nombreuses années, relisant régulièrement « Emblèmes végétaux », je me dis que, décidément, j’aime ces textes poétiques ! Voilà une voix qui me parle, une façon de dire la nature en écho à la psyché humaine qui ne cesse de m’émouvoir ; quelque chose se produit à leur lecture que je ne peux pas analyser, l’étonnement d’un profond accord, d’une communauté de regards. Les textes de cet ensemble « Emblèmes végétaux » résonnent avec force et finesse face à mes gravures, on les dirait écrits pour elles… Voilà, spontanément, ce que j’ai ressenti de prime abord – ce qui fut le point de départ de ce livre, avec un vrai désir d’accompagner le regard pénétrant de Luc Dietrich.

J’ai lu, relu, puis j’ai gravé, spécialement pour ces pages, ne voulant pas utiliser des gravures plus anciennes qui auraient pu leur correspondre. Sachant que Luc Dietrich avait écrit ces textes à partir de ses propres photos d’arbres, de feuillages, de nature, j’ai différé le besoin d’en prendre connaissance avant la réalisation de mes propres gravures. Car ce qui m’importait, c’était de rendre visible un écho personnel à ces poèmes, de donner à voir ce qu’ils gravaient en moi, l’empreinte qu’ils laissaient ouverte et le chemin de conscience que je pouvais ensuite établir entre ses mots et mes estampes.

Aujourd’hui, devant la photo faite par Luc Dietrich qui accompagne La main et la feuille, je comprends le lien qu’il a pu établir entre la morphologie des doigts d’une main et les diverses divisions du limbe de la feuille comme ici cette feuille – de figuier me semble-t-il (dont le terme scientifique est : à nervation palmée). Les doigts de la main, (de Dietrich ?), vus à contrejour derrière la transparence de la feuille, interrogent les correspondances entre vie humaine et vie végétale, dont celles qui ne sont pas seulement graphiques.

Comme « Tout s’inscrit aux nervures de la feuille », « Tout est gravé dans le creux de la main », c’est pourquoi j’ai choisi de retenir ce titre « La main et la feuille » pour l’ensemble du livre d’artiste, car le lien poétique que réalise Dietrich entre leurs deux réalités, fait de l’analogie visuelle le fruit d’une poétique à dimension philosophique. Si « Tout s’inscrit aux nervures de la feuille », les saisons, le sol, l’air, « l’âge où l’on porte fruit avant de dépérir pour repartir, au cœur d’un autre germe », au creux de la main, on retrouve, gravés « les défaites qui sont tombées sur nous comme la pluie » et « les succès ». Ainsi notre « secret destin », comme celui de la feuille, « est inscrit jusque dans les étoiles ». « Notre main est une étoile de chair » et « cette feuille est une paume céleste ». Toutes deux s’ouvrent à l’espace, à la lumière du dehors, toutes deux auront connu « l’âge où l’on s’élève et se dédouble ». Face à cette multiplication des possibles qui s’engendrent mutuellement, cette main et cette feuille, uniques et semblables, indiquent que rien n’est séparé et que bien des éléments du monde peuvent se retrouver ainsi, unis par le dessin – ou le destin.

J’ai donc travaillé mes gravures en insistant sur l’infinité des nervures végétales, si proches de la peau humaine et même du système lymphatique. J’ai cherché à traduire, grâce à cette « main de ramures *» l’immensité cosmique. La matière obtenue par une constellation d’empreintes végétales, avec la technique du vernis mou et divers tracés à l’eau forte, encrée de noirs et de gris, donne l’impression d’un hors temps, comme une sorte de mise en sommeil du monde, ou son envers mental. L’univers végétal est saisi à partir de l’infiniment petit, il restitue avec finesse la matière la plus frêle, la « saveur *» du fragile (d’infimes fragments et bris de végétaux sont unis en un tissage suggestif) – en résonance poétique avec la prolifération de détails minuscules, comme quelques fines racines noires échevelées ou le fil blanc de radicelles. Parfois se pose un épi de lumière sur le fourmillement secret des grains de l’aquatinte. Dans « Matin sur le lac », « une herbe vivante indique le chemin de la délivrance ».

Cette main d’homme donnée à la feuille, fidèle à la terre et à l’intuition du photographe Luc Dietrich, j’espère lui avoir rendu hommage. En gravant les semences végétales, en imprimant leur éclosion dans l’espace en une myriade d’étoiles jetées dans l’obscur, la feuille et la main se rejoignent, laissant à chaque poème la douceur mystérieuse de leur rencontre…

2017 06 20  Marie Alloy

  • « saveur », terme que l’on retrouve dans les traductions de René Daumal de textes sanskrits sur la poésie (voir Le Contre-Ciel suivi de Les dernières paroles du poète, nrf Poésie/Gallimard). P233 La poésie est une parole dont l’essence est saveur. « La Saveur est l’essence, au sens de la réalité substantielle, c’est-à-dire la vie même de la poésie. »
  • « main de ramures », dans le texte « Jardin à la Française », de Luc Dietrich, dédié à René Daumal

Luc Dietrich et la photographie

En annexe, une photographie confiée à nos regards par Frédéric Richaud, auteur d’une biographie sur Luc Dietrich, parue chez Grasset en 2011.

en écho au poème de Luc Dietrich « La main et la feuille » et au livre d’artiste récemment interprété par Marie Alloy avec des gravures.

Une autre photographie de Luc Dietrich accompagnant son poème

Herbes sur le mur
Le vent apporte un peu de terre et septembre apporte la graine. Au sommet de ce mur poussent les plantes droites. Sensibles au moindre souffle, traquées de vent, sensibles au sec quand la pierre est brûlante, vivant au hasard des pluies qui prolongent leurs agonies, elles élèvent pourtant leurs semences jusqu’au ventre du ciel.

Luc Dietrich, Emblèmes Végétaux

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‎Thèmes végétaux. Manuscrit autographe, vers 1943 (56 pages en 49 feuillets de différents formats).‎

‎ Impressionnant manuscrit autographe du cycle des « Emblèmes végétaux », rédigé à l’encre et au crayon avec de très nombreuses variantes, ratures et corrections sur différents supports, voire au verso de tirages photographiques découpés de l’auteur, certaines pages étant enluminés de dessins.

Annoncé dans l’édition de 1941 du « Bonheur des tristes », les « Emblèmes végétaux » est le dernier livre de Luc Dietrich. Le manuscrit définitif fut déposé aux Éditions Denoël fin octobre 1943, puis égaré. Il a été reconstitué par Jean-Daniel Jolly-Monge à partir de ces brouillons, pour paraître cinquante ans plus tard aux éditions du Temps qu’il fait en 1993, accompagnés de photographies de Luc Dietrich.

Les 16 premiers feuillets sont contenus dans une enveloppe portant cette note autographe de Luc Dietrich: « Manuscrits Thèmes végétaux recopiés au propre ». L’ensemble dans une chemise de papier cartonné datée et titrée à l’encre noire par Dietrich: « Thèmes végétaux (copie manuscrite au net) 1943 » et annotée d’un sommaire autographe par l’auteur. Certains des poèmes ont été publiés dans « L’Injuste Grandeur » ou « Le Livre des rêves » aux Éditions Denoël en 1951 (Les derniers jours de l’automne; L’ombre tourne toujours…) ou encore dans la revue L’Esprit des lettres n°6 de 1955 (Les deux arbres morts, L’eau vivante…). Les 34 feuillets suivants sont constitués des pièces marginales aux « Emblème végétaux », considérés comme les derniers poèmes de l’auteur (L’abîme, Intimité végétale, La construction d’une force…). Ils sont publiés dans le volume « Poésies de Luc Dietrich » paru aux Editions du Rocher en 1996. De nombreux passages sont inédits. «Et l’arbre aussi est venu: pont vivant entre l’eau sans mémoire et l’air sans consistance. Et voilà que pour un instant tout demeure centré sur la fragilité d’une boule de feuillage. Ils sont venus serrés comme des dards de l’herbe, comme les mille vies de ce pré toujours vert, ils sont venus pressés comme graine nouvelle, ils sont venus collés comme laitance fraîche, ils sont venus mourir comme bulle en surface: les hommes.»

On a joint 12 photographies de Luc Dietrich du cycle des « Emblèmes végétaux » de différents formats (16,5 x 16,5 cm à 24 x 16,5 cm), tirages argentiques postérieurs, reproduits dans l’édition des « Emblèmes végétaux».

On joint également une lettre autographe signée de Dietrich à Lanza Del Vasto (une page in-8), relative aux « Thèmes végétaux »: … «Je te parlerai des «Thèmes» au retour. J’ai ajouté de bons éléments, je crois. Il me faudra ta pression pour rejaillir encore tant je manque d’entrain pour le geste gratuit d’écrire. En ce moment, j’écris des notes, des lettres de «travail», des constatations, etc. Pourtant je les aime ces «Thèmes», j’aime surtout ceux où se nichent une grande et terrible pensée (qui n’est pas la mienne) dans une forme qui «va de soi», comme tu dis.» Éclairant et magnifique ensemble.‎

Rédigé par la librairie Vignes (quartier Latin) qui détient ce précieux document. Librairie Henri Vignes, 57 Rue Saint-Jacques, 75005 Paris

Article trouvé sur : Referência : 55593 Buscar – thèmes végétaux – Livre Rare Book Luc DIETRICH.

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Un portrait émouvant de Luc Dietrich écrit par Michel Random (Revue L’esprit des lettres, novembre-décembre 1955)

   

                                     

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Ci-dessous, photographie de René Daumal (peu de temps avant sa mort), prise par Luc Dietrich.

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Lanza del Vasto et René Daumal : souvenirs audios de leur amitié

Les Nuits de France Culture ont récemment rediffusé une émission de Michel Random, diffusée pour la première fois en mars 1968 : « La recherche d’une certitude. Portrait de René Daumal ». On y entend la voix grave de Lanza del Vasto, évoquant son ami disparu en 1944.

Poète, indianiste, chercheur de vérité, passionné de connaissance spirituelle et d’expériences intérieures, René Daumal a été proche de Lanza del Vasto pendant la guerre. À Allauch près de Marseille, où ils étaient voisins, les deux hommes ont beaucoup échangé sur leurs quêtes respectives, plus nocturne chez l’un, plus lumineuse chez l’autre. Mais tous deux convenaient que ce monde intérieur n’est pas inaccessible : « La porte de l’invisible doit être visible », écrit Daumal dans Le Mont Analogue.

L’émission retrace le parcours singulier et douloureux de cet auteur hanté par l’inquiétude de l’au-delà. Nous en avons extrait deux passages significatifs.

  • Le premier montre combien René Daumal se faisait une haute idée de la connaissance comme acte total, engageant tout son être. Lanza del Vasto rappelle à ce sujet que Daumal avait étudié le sanscrit et qu’ils partageaient des projets de traduction :
Lanza del Vasto et René Daumal souvenirs audios de leur amitié – Lanza del Vasto     
Lanza del Vasto et René Daumal souvenirs audios de leur amitié – Lanza del Vasto     
  • Le second rend hommage à la générosité de Daumal, son attention aux autres, son amour pour Véra et sa conversion au christianisme sous l’influence de Lanza del Vasto. Ce dernier évoque aussi la figure trouble de Gurdjieff, par qui le couple fut influencé :

L’émission entière peut être réécoutée pendant quelques mois sur le site de France Culture.

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Le Centre d’Art de la Métairie Bruyère

Une adresse merveilleuse : Le Centre d’Art de la Métairie Bruyère, 89240 Parly

Corinne Dutrou vous accueille avec une généreuse disponibilité ainsi que Christian Mammeron, typographe.

Des imprimeurs, des artistes, des encadreurs, des graveurs, des lithographes, une association « Aux quatre vents de l’art » (03 86 74 30 72) qui réalise des expositions, des stages, manifestations culturelles et soutient le handicap, et les éditions R.L.D, qui ont également un atelier : 18 avenue Léon Bollée, 75013 Paris (01 45 85 72 37) .

Une visite s’imposait. En voici quelques images ! 

  

Et le plus beau :    

 

     

       La galerie

    et voilà le travail !

Merci encore pour la typographie du livre « La main et la feuille » , prose poétique de Luc Dietrich. (cliquer sur le lien pour plus de détails)

 

« La joie de cette vie » Henri Thomas

Quelques extraits de « La joie de cette vie » d’Henri Thomas, Le Chemin, nfr, Gallimard, accompagnés de peintures de Marie Alloy, réalisées début 2017.

« Écrire, pour moi ça a toujours été une déclaration d’amour à la vie, et quelquefois elle l’acceptait. »

   « Ondées » , huile sur toile, 116 x 81 cm, 2017

« Si l’homme avait parfaite connaissance de ce qu’il est, il serait aussi clos sur lui-même qu’un caillou, aussi parfaitement réuni à soi et à l’univers. »

« L’instant sensible », huile sur toile, 116 x 81 cm, 2017

« C’est depuis que le verbe croire, le mot croyant, la foi, etc, me sont devenus si suspects que je ne les emploie plus, que la présence de l’Autre m’est devenue sensible. Ce n’est pas une autre manière de croire; ce serait plutôt comme une manière d' »y être ».

« Strates du silence », huile sur toile, 116 x 81 cm, 2017

« J’avais le secret du plaisir à vivre – c’était par les petites choses, les moindres choses, celles où l’on n’ose pas voir l’immensité, – les œuvres du temps dont l’éternité est jalouse. « 

 

Notes sur la poésie de Luc Dietrich

 Notes sur la poésie de Luc Dietrich

« Je n’ai peut-être jamais écrit que pour m’expliquer devant toi. »

Luc Dietrich à Lanza del Vasto – Le dialogue de l’amitié

« Luc Dietrich (1913-1944 – mort pour la France) n’a publié de son vivant qu’un seul livre de poèmes Terre, en 1936. Le second et dernier, Emblèmes végétaux, achevé en 1943, égaré à sa mort, a demandé de nombreuses années de reconstruction avant sa publication en 1993, à titre posthume aux éditions Le temps qu’il fait, (textes et photographies). Dans ces deux livres, poésie et photographie se soutiennent et se complètent admirablement. » Jean-Daniel Jolly Monge.

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« La main et la feuille »

Dans ce livre d’artiste de bibliophilie, les textes poétiques sont extraits de l’ensemble intitulé « Emblèmes végétaux », écrit en 1943. Marie Alloy a choisi six poèmes sur les vingt et un présentés dans le livre Poésies, paru en 1996 aux éditions Du Rocher. Le titre « La main et la feuille » est repris de l’un des textes de prose poétique de Luc Dietrich, présent dans cet ouvrage.

Dans les notes de Jean-Daniel Jolly Monge qui accompagnent ce livre Poésies de Luc Dietrich, (collection Alphée, éditions Du Rocher, 1996), il est précisé que Luc Dietrich s’appuie sur son observation du monde végétal pour transposer les sujets spirituels qui le hantent : « J’ai essayé de faire ressortir là tout ce que les plantes nous donnent comme exemples. »

Ces poèmes en prose ont inspiré le travail du graveur, l’élément végétal étant, pour Marie Alloy, un vecteur essentiel de ses explorations picturales et graphiques mais aussi spirituelles. Loin de faire concurrence aux photographies de l’auteur, c’est ici une mise en résonance poétique du texte de Luc Dietrich, toute en subtilités et sobriété. Le regard pénètre dans le mystère infiniment ramifié de quelques feuilles d’arbres ; leurs nervures, en un fin réseau de capillaires évoque l’écriture indéchiffrable du cosmos et le travail solitaire et relié de la main qui dessine, écrit ou grave.

Dans « Mémoire de la terre », Luc Dietrich écrit ceci, qui donne sens aux choix de ce livre : « Parmi tant de peuples d’arbres qui ont fleuri dans la gloire de l’air une seule feuille est demeurée. Saisie par la boue de quelque ancien déluge, pétrifiée dans les profondeurs de la terre… ». Marie Alloy, ici, essaie d’en restituer l’empreinte.

Descriptif : Livre d’artiste des éditions Le Silence qui roule, réalisé par Marie Alloy en avril et mai 2017 en son atelier de St Jean-le-Blanc, près d’Orléans. Il a été tiré à 15 exemplaires. Cette édition de bibliophilie, numérotée et signée par Marie Alloy, comporte 12 gravures originales (eaux-fortes, aquatintes et vernis mou), crées et tirées par l’artiste sur sa presse taille douce. La typographie a été réalisée au plomb par Christian Mameron de l’Atelier R.L.D à La Métairie Bruyère, près de Parly dans l’Yonne. Format total du livre avec l’étui et sa chemise (titre typographié au dos) : L 23 cm, H 26 cm, dos 4 cm. Chaque feuille du livre (vélin BFK de Rives 250 g) est repliée en trois parties ou leporello, parties qui constituent chacune une page. Quelques exemplaires sont augmentés d’une à deux autres estampes (sur 4 exemplaires).  Présentation de l’ouvrage : étui (papier noir ) avec chemise et titre au dos, compris.

Ces proses poétiques de Luc Dietrich sont publiées au Silence qui roule avec l’aimable autorisation d’Emmanuel Dietrich.

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Luc Dietrich

« Bon comme le bon pain, amer comme la vie »

Un article essentiel à lire, sur Esprits nomades (cliquer sur ce lien)

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Biographie de Luc Dietrich (d’après Wikipédia)

Luc Dietrich raconte lui-même son enfance et son adolescence dans un livre publié en 1935, Le Bonheur des tristes. Dans ce livre il parvient à s’extraire d’un certain niveau émotionnel pour transcender le côté pathétique de sa vie. À la mort de son père, il n’était âgé que de quelques années. Sa mère, droguée, intoxiquée, ne peut pas toujours le garder. Elle finit par mourir quand son fils a 18 ans. Entre-temps le jeune romancier est placé dans des hospices pour enfants débiles, ou comme garçon de ferme (notamment à Songeson dans le Jura).

Sa rencontre avec Lanza del Vasto constitue un tournant dans sa vie. Le futur fondateur de la communauté de l’Arche, assis sur un même banc au parc Monceau à Paris, lui demande soudainement : « Êtes-vous bon comme ce pain ? ». Lanza del Vasto passera des heures auprès de Luc Dietrich pour l’aider à rédiger ses livres (notamment L’Apprentissage de la ville) ; mais il refusera d’être cité comme coauteur.

Luc et Lanza partagent tout. La seule chose qui les séparera sera l’appréciation de l’enseignement d’un maître spirituel, G.I. Gurdjieff. Lanza s’en éloignera très vite, mais il avait aussi connu Gandhi ou Vinoba Bhave. Luc rencontre Philippe Lavastine qui travaille chez Denoël, et notamment le poète René Daumal. Il s’ensuivra une abondante correspondance.

Luc Dietrich avait été initié à la photographie par André Papillon. Il avait réalisé et publié un recueil de son vivant : Terre (Denoël). Un autre ouvrage avait semble-t-il disparu, quand Jean-Daniel Jolly-Monge, disciple de Lanza, exhuma et compléta patiemment ce second ouvrage : il fut publié bien après la mort de ces protagonistes par les éditions Le temps qu’il fait, Emblèmes végétaux (1993).

Bouleversé par la mort de Daumal, Luc Dietrich décide de fuir Paris pour rejoindre sur le front un docteur de ses amis, Hubert Benoit, autre élève de Gurdjieff, auprès duquel il semble trouver sa place, habillé d’une blouse blanche, allant d’un blessé à un autre, dispensant des paroles réconfortantes. Pris dans un bombardement, il est touché indirectement au pied, par des pierres. Le mal ne semble pas si grave, mais il est de santé fragile, il a passé des années sans domicile, dans des gares désaffectées ou non, perché dans des arbres. Après avoir été progressivement hémiplégique, gangrené, il est pris à son tour en photo (par René Zuber) sur son lit de mort, trois mois après la mort de René Daumal.

Œuvres

  • Huttes à la lisière, Jean Crès, 1931, réédition éditions éoliennes, 1995
  • Le Bonheur des tristes, Denoël & Steele, 1935; rééditions Le Temps qu’il fait, 1995 et 2016
  • Terre, Denoël & Steele, 1936, réédition Voix d’encre, 2015
  • L’Apprentissage de la ville, Denoël, 1942 ; rééditions Le Temps qu’il fait, 1995 et 2016
  • Le Dialogue de l’Amitié, avec Lanza del Vasto, Éd. Robert Laffont, Marseille 1943, Paris 1992
  • L’Injuste Grandeur, Denoël, 1951
  • L’Injuste Grandeur ou Le Livre des rêves, édition complète, texte établi, annoté et préfacé par Jean-Daniel Jolly Monge, Éditions du Rocher, 1993
  • Emblèmes végétaux, postface par Jean-Daniel Jolly Monge, Le Temps qu’il fait, 1993
  • Poésies, texte préfacé et annoté par Jean-Daniel Jolly Monge, Éd. du Rocher, 1996
  • L’École des conquérants, éditions éoliennes, 1997
  • Demain, c’est le possible suivi de Lettres à René et Véra Daumal, éditions éoliennes, 2011
  • Sapin, ou La Chambre haute, éditions éoliennes, 2014

Sur Luc Dietrich

  • Ouvrage collectif, sous la direction de Frédéric Richaud, Luc Dietrich, Le temps qu’il fait, 1998
  • Frédéric Richaud, Luc Dietrich, Grasset, 2011

Entretien avec Thierry Chauveau, éditeur de L’Herbe qui tremble, par Isabelle Lévesque.

http://www.terreaciel.net

Entretien avec Thierry Chauveau qui dirige les éditions L’herbe qui tremble avec Lydie Prioul, par Isabelle Lévesque, pour le site Terre à Ciel.

Victor Hugo, Bièvre , 1831 :
« […]Et dans ce charmant paysage
Où l’esprit flotte, où l’œil s’enfuit,
Le buisson, l’oiseau de passage,
L’herbe qui tremble et qui reluit […] »

L’herbe qui tremble est le titre d’un roman de l’auteur belge Paul Willems. Le choix du titre de ce livre comme nom pour la maison d’édition révèle son ancrage premier du côté de la poésie belge.

« C’est aussi une graminée qui prend la forme d’une longue tige au bout de laquelle tremble un cœur végétal. Elle apparaît chez les poètes, pas dans les ouvrages de botanique : l’herbe qui tremble chez Hugo, Katherine Mansfield, Emily Dickinson et plus récemment chez Pascal Commère… Paul Willems, il nous a été cher au moment de la création de la maison d’édition, et dit notre premier ancrage du côté de la poésie belge. »

Isabelle Lévesque : Peux-tu me dire comment et pourquoi tu as décidé de créer une maison d’édition ?

Thierry Chauveau : J’avais 6 ans : j’allais à l’école, une école de type Freinet et il y avait un rituel. Chaque matin, il fallait écrire un poème. On fabriquait aussi un journal. Alors tout cela m’est resté et a fait son chemin. J’ai mis quarante ans à me rendre compte que je voulais le faire, pourtant c’était une évidence. En lisant de la poésie, je me sens chez moi. Alors j’ai fondé L’herbe qui tremble avec Lydie Prioul qui continue à s’occuper de la maison avec moi.

I.L. : Pourtant tu n’écris pas (ou plus). Écrire ou ne pas écrire change-t-il quelque chose à l’activité de l’éditeur ?

T.C : Peut-être cela change-t-il l’approche des manuscrits. Je ne me fie qu’à mon intuition et à l’émotion que les poèmes suscitent ou ne suscitent pas. Je ne me place jamais en juge, juste en lecteur qui aime ou n’aime pas. J’ai souvent du mal à justifier et expliquer longuement pourquoi je choisis ou j’écarte. Il m’arrive parfois de ne pas vivre une adhésion immédiate au texte, d’avoir du mal à y entrer parce que la voix est tellement particulière qu’elle me déstabilise. Pour Gérard Bayo, par exemple, il m’a fallu revenir plusieurs fois vers les poèmes, l’entrée dans sa langue faite de ruptures ne s’est pas faite d’emblée. Gérard Bayo est aussi un poète qui m’a ouvert à d’autres voix dissonantes vers lesquelles je ne serais pas forcément allé sans lui.

I.L. : Souhaitez-vous publier et défendre une poésie appartenant à un ou des courants précis ou bien restez-vous ouverts à des formes diverses ?

T.C : Qu’une poésie appartienne à un courant ou non ne m’intéresse absolument pas, je reste ouvert à des formes différentes de poésie et me fie à mon instinct de lecteur. Les querelles de clans me sont étrangères.

  1. : Tu viens d’éditer deux volumes importants de Pierre et Ilse Garnier, poètes déjà bien présents à L’herbe qui tremble. Peux-tu nous expliquer ce choix ? Peux-tu présenter ces deux volumes ? Projettes-tu d’éditer d’autres inédits de Pierre Garnier ou de rééditer des textes devenus introuvables ?

T.C. : J’ai rencontré Ilse et Pierre Garnier en 2006 alors que je travaillais pour une autre maison d’édition, je devais alors publier des poèmes linéaires. Le contact a été immédiatement chaleureux, Pierre s’est montré accueillant, enjoué. La place qu’il accorde à l’enfance qui est à la fois le centre de la vie et de l’univers dans sa poésie m’a immédiatement séduit. J’ai depuis publié plusieurs livres de Pierre et Ilse Garnier, qu’il s’agisse de poèmes linéaires ou spatialistes(1) avant et après 2014, année de sa mort. Les deux livres qui sortent cette année, deux volumes, près de 1000 pages au total, sont centrés sur le Japon. Pierre et Ilse, qui ne sont jamais allés là-bas, ont correspondu pendant une trentaine d’années avec des poètes japonais. L’herbe qui tremble publie dans ces deux volumes des poèmes devenus introuvables et d’autres qui ont été publiés au Japon seulement, beaucoup d’inédits. Tout l’appareil critique a été réalisé par Marianne Simon-Oikawa, qui enseigne à l’université de Tokyo, une amie de Violette Garnier, la fille d’Ilse et Pierre qui accompagne les publications. Avec Violette aussi nous préparons la publication de la correspondance entre Pierre et le peintre de l’ex RDA Carlfriedrich Claus. Violette rassemble toutes les lettres et cette publication sera accompagnée de la reproduction de plusieurs travaux d’Ilse et Pierre Garnier et de Carlfriedrich Claus. Cette publication interviendra fin 2017, début 2018. L’herbe qui tremble a aussi le projet de publier un livre sur les oiseaux en réunissant tout ce qui a été publié sur ce thème, notamment dans la revue Le Journal des oiseaux.

I.L. :L’herbe qui tremble propose-t-elle plusieurs collections ?

T.C. : Nous ne proposons qu’une seule collection, elle est parfois accompagnée de peintures, parfois non.

I.L. : Peux-tu nous expliquer ce choix d’accompagner parfois les poèmes de reproductions de peintures ?

T.C. : Lorsque nous le pouvons, les poèmes sont accompagnés de peintures. Dans ce cas, l’une d’elles figure en couverture. Le poète et le peintre se sont souvent choisis mais nous pouvons aussi intervenir dans ce choix, cela dépend des projets. Pour des raisons financières, nous ne pouvons pas toujours publier conjointement des poèmes et des peintures. Nous adaptons alors la présentation du livre : le papier est le même et le motif des couvertures est identique, une autre « herbe qui tremble » dessinée par le peintre René Moreu, qui a amicalement créé le sigle, seule la couleur change d’un livre à l’autre.

I.L. :L’herbe qui tremble a-t-elle des peintres de prédilection pour ses livres ?

T.C.  : Jusqu’alors nous avons beaucoup travaillé avec les peintres Alain Dulac, Marie Alloy, Anne Slacik et Christian Gardair. Mais d’autres peintres ont aussi accompagné les livres.

I.L. : Combien de manuscrits recevez-vous par mois (ou par an) ? Vous arrive-t-il de publier des manuscrits arrivés par la poste ?

T.C. : Nous recevons en moyenne un manuscrit par jour et oui, nous publions des manuscrits reçus par la poste : Gérard Bayo, Florence Valéro par exemple…

I.L. : Combien d’ouvrages publiez-vous par an ?

T.C. : En 2016 nous avons publié 12 livres, 14 sont prévus en 2017.

I.L. : Participez-vous ou organisez-vous des événements pour faire connaître les livres que vous publiez ?

T.C. : Nous organisons régulièrement des lectures : à la librairie La Lucarne des écrivains dans le XIXème à Paris, à La Halle Saint-Pierre et, depuis plusieurs années, au printemps, sur la péniche Daphné, tout près de Notre Dame de Paris.

I.L. : Avez-vous des projets particuliers ?

T.C.  : Nous venons de publier le livre de Marie Alloy qui nous offre dans Cette lumière qui peint le monde son regard sur plusieurs peintres, le livre de poèmes de Jean-Luc Despax, Rousseau dort tranquille. En avril paraîtront trois livres : Pierre Dhainaut, Un art des passages, Laurent Albarracin Broussailles et Isabelle Lévesque Voltige !
Une rencontre aura lieu samedi 20 mai sur la péniche Daphné, quai Montebello à Paris, elle réunira plusieurs des poètes publiés récemment et nous serons présents au Marché de la Poésie, place Saint Sulpice, du 8 au 12 juin 2017.
Et puis L’herbe qui tremble va bientôt s’associer à Thierry Horguelin pour créer une nouvelle collection dont il assumera les choix, parallèlement donc à ce qui est fait actuellement…

suite sur Terre à Ciel, un site incontournable !

 

 

 

« l’angle ouvert d’une lumière souveraine », une lecture d’Isabelle Lévesque

http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2017/04/marie-alloy-cette-lumi%C3%A8re-qui-peint-le-monde-par-isabelle-l%C3%A9vesque.html

à propos du livre « Cette lumière qui peint le monde »

http://talent.paperblog.fr/8375765/marie-alloy-cette-lumiere-qui-peint-le-monde-par-isabelle-levesque/

 

 

Cette lumière qui peint le monde

Éditions L’Herbe qui tremble, 25 rue Pradier, 75019 Paris   Contact pour commande : editions@lherbequitremble.fr

                

                      Quelques passeurs de lumière :

Joseph Mallord William Turner : L’issue solaire  – Pierre Bonnard : Une mosaïque d’ombres et de lumières –  Giorgio Morandi : Une ascèse lumineuse – Léon Zack : D’imprévisibles constellations –  Joseph Sima et Maria Helena Vieira da Silva : Un rayonnement intérieur  (les vitraux de l’église St Jacques de Reims) – Jacques Truphémus : La lumière de l’intime   Geneviève Asse : Des vies silencieuses au bleu des portes de lumière

Extraits :

« Rassembler les œuvres de ces peintres, (pour l’auteur Marie Alloy, elle-même peintre), c’est rendre visible leur fidélité à l’impression première, leur complicité devant la précarité des formes de la réalité, leur nécessité de s’en tenir à l’infini apprentissage des modulations de la couleur dans la lumière. C’est ouvrir des chemins de correspondances, des affinités essentielles, accueillir d’amicales et discrètes connivences, picturales autant qu’humaines.

L’espace est lumière. La lumière n’est pas un gouffre mais un baume qui se déploie sur les dernières figures du monde. Les coups de pinceau dévoilent ce fond du temps où s’impriment les couleurs de la nature, celles qui ont touché au réel puis se sont accomplies dans les gestes accordés à la seule peinture. Dans cette peinture minimale et l’énergie mise à cet extrême, un plaisir passe, une substance heureuse vibre, libre, vivante, apaisée. La surface blanche, en réserve, est devenue source de lumière. Elle se donne à voir comme la plus concrète des révélations en peinture, car si la lumière est impalpable, le peintre cherche à la dégager de la matière de ses couleurs pour que chaque teinte puisse rejoindre l’unité d’un rayonnement intérieur.

Fragilisée, notre humanité a besoin de la peinture qui augmente la vie en ne séparant plus le spirituel de la réalité. Elle est aussi, en tant qu’expression d’une vérité intérieure, ouverture sur l’infini, quête de connaissance, et de poésie. Le regard du peintre peut devenir le nôtre, en parcourant le chemin que propose chaque toile. Il s’agit d’attendre le moment où voir est vraiment recevoir, se donner à ce qui éclaire, s’éclairer à ce qui est, être soi-même lumière. »

Extraits d’une lettre de Jacques Truphémus :

«  Chère Marie Alloy,

Comment vous remercier pour le bel envoi que vous me faites… Son titre « Cette lumière qui peint le monde » se détachant sur la reproduction, si juste, me ravit au plus haut point. Je suis évidemment très touché du choix des peintres qui m’accompagnent. C’est beaucoup d’honneur pour moi d’être ainsi accueilli au sein de cette famille spirituelle dans laquelle je me reconnais…

Merci, un grand merci à vous pour ce cadeau que vous me faites. Le don d’écriture qui vous est propre vous permet d’exprimer, aidée en cela par cette approche de la pratique de la peinture et de la gravure… ! C’est tout ce qui fait l’unité et toutes les qualités si rares de ce beau livre.

Je crois à la valeur de tels témoignages, certain qu’il trouvera des échos favorables auprès d’amateurs et des peintres sensibles à cet univers, le nôtre… le vôtre… celui qui s’exprime dans le silence de l’atelier ! »

Jacques Truphémus, Lyon, le 5 mars 2017

 

 

Le dehors intime de Claude Albarède

Le dehors intime de Claude Albarède


avec des peintures originales de Marie Alloy

      Format 14×19,5cm – 128 pages Prix 16€ – ISBN 978-2918220-43-5  Pour commander : chez votre libraire ou contact@lherbequitremble.fr  

Claude Albarède présente ainsi son recueil :

« Marcher à mots comptés au plus près de la terre et du pays profond. Trouver, sans trop souiller, quelques traces de l’homme, quelque empreinte du temps. Et humblement, au plus intime, offrir l’espace, nicher l’écho.  Pour mémoire inventive assembler les contraires, nouer les confluences, et, toujours ce chemin, entre source et chaos, que le poème trace à celui qui accorde.

Fendons l’écorce

pour faire entendre

la sève aphone

Forçons la pierre

pour exprimer

l’eau de la source

Accordons-nous ! »

La poésie d’Isabelle Lévesque, « un chant d’écorce »

« Rien.

Plus ou moins.

… le poème ?

Disgrâce et syntaxe. Éclate !  »

                                              p 93 de Nous le temps l’oubli

Isabelle Lévesque, poète-sculpteur, par des jours incertains

Elle travaille la langue en la rongeant, la coupant, la limant, comme un sculpteur de mots, de pierre, de calcaire, de fleurs, de blés, d’azur. Et ce sculpteur caresse aussi, polit, aère, perfore, sépare, unit, colle, dissout, reforme, unifie, crée, recrée, amplifie, déploie, brûle, cherche l’essentiel – qui déroute un peu mais sans jamais égarer. (Et fait silence sur ce qui blesse). Le temps de ce travail de haute précision vient du cœur et c’est à nous, lecteur emporté dans ces lignes, d’en ressentir l’orientation, de lui donner un sens, un lieu, une voix et de comprendre le secret qui agence ces maux et ces lignes de force.

Tout semble d’abord fractionné mais relié tout autant; la source est souterraine, qui unifie. Les mots sont des fruits, des portes, des passerelles, des lumières. Celles qui ouvrent le sens sont parfois des figures d’oxymore où les saisons de la nature s’immiscent avec leurs charmes et fragilités. Tous les éléments sont réunis dans un beau désordre sans finalement rien trancher, ni retrancher, vacillant parfois sur un seuil, un rebord, une falaise de blancheur.

Le deuil et l’amour deviennent des forces quand les racines ne sont jamais coupées. Sous l’obscurité, on sent un cœur qui bat d’émotions trop pressantes, qu’il s’agit pourtant d’endiguer pour qu’elles vivent ou revivent à l’air libre, laissant la fleur qui frissonne à son intensité (celle du coquelicot, au cœur si puissant). Rien ni personne n’est abandonné… La mort vivante. Ainsi le poème devient langue en essor, envol, dialogue où chacun est interpellé, remué dans la structure même de sa pensée pour que les émotions la sculptent à leur tour et la rendent plus sensible au mystère même de vivre, comme à ses couleurs… Le poème creuse notre sensibilité, tente le défi, sans en avoir l’air, d’étourdir le langage pour approcher plus intimement notre « vérité » – car la vérité du poète se donne en partage. Sous des airs de cacher, Isabelle Lévesque se livre, désarmée.

Marie Alloy, en ce matin du 6 décembre 2016

2016-12-06-13-07-00-1  Nous le temps l’oubli, éditions l’Herbe qui tremble

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et quelques photos pour Isabelle Lévesque:

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